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Fédération des auteurs, compositeurs et interprètes réunis
Opinion

14/01/14 à 08:00 - Mise à jour à 09:34

En Belgique francophone, on écoute 6 fois moins nos artistes qu'en Flandre

À la veille des triples élections de mai, la Fédération des auteurs, compositeurs et interprètes réunis interpelle le monde politique sur l'état de la musique en Belgique francophone dans une lettre envoyée à l'ensemble des partis qui nous est parvenue et qui est à lire ici même.

En Belgique francophone, on écoute 6 fois moins nos artistes qu'en Flandre

Illustration © THINKSTOCK/Allison Achauer

LETTRE DU FACIR AUX PARTIS POLITIQUES

Chère madame, cher monsieur,

La jeune Fédération des Auteurs, Compositeurs et Interprètes Réunis, le FACIR, a organisé en juin 2013 les premiers "Etats Généreux de la Musique", qui ont rassemblé plus de 300 professionnels à Bruxelles (voir www.facir.be).

Notre constat est alarmant. L'extraordinaire réussite de quelques artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne doit pas masquer que notre "marché intérieur" est, culturellement parlant, l'un des plus petits et des plus "colonisés" du monde. La Belgique francophone importe plus de 95% de ses livres, ses films et ses musiques. Nous écoutons vingt fois moins nos propres artistes que les Américains et les Japonais, dix fois moins que les Français, les Italiens et les Suédois... et six fois moins que les Belges néerlandophones!

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En FWB, on écoute 6 fois moins nos artistes que les Belges néerlandophones!

Par ailleurs, la réalité des artistes de la musique en FWB est aujourd'hui difficile, hantée par des restrictions budgétaires, et par les perpétuelles remises en cause de notre statut professionnel et de nos droits d'auteur.

Si, par la force des choses, la Wallonie et Bruxelles devaient demain se réinventer un destin commun, les artistes auraient un rôle fondamental à jouer dans la construction d'un imaginaire collectif. On ne peut pas bâtir une nation sur un vide culturel.

Nous sommes persuadés que ce constat interpelle des femmes et des hommes politiques, à Bruxelles et en Wallonie, dans chaque ville et dans chaque commune. À l'occasion des prochaines échéances électorales, nous vous invitons à réagir avec nous à ces questions et nous vous demandons de porter nos revendications.

C'est pourquoi notre fédération, qui représente des milliers d'artistes et de mélomanes, adresse aujourd'hui ce courrier à l'ensemble des partis démocratiques et des candidats aux prochaines élections.

Présence d'oeuvres musicales belges en FWB:

Le pourcentage obligatoire d'oeuvres autochtones diffusées en radio et télévision (quota minimum dans l'audiovisuel) est de 25% en Flandre et de 40 à 60% en France, mais seulement de 4,5% à 10% en Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette carence en diffusion médiatique bloque toute la chaîne de production des oeuvres musicales et artistiques, réduit les investissements, étrangle le secteur musical et asphyxie l'emploi artistique. Comment expliquer ce décalage par rapport à nos voisins, et comment y remédier?

La RTBF, les médias et l'uniformisation du paysage culturel:

Les productions musicales sont de plus en plus formatées et uniformes. Les grands médias, privés comme publics, ne se posent plus en 'découvreurs de talents' mais privilégient les stars internationales, les émissions de téléréalité et les gros festivals. La diffusion dans les salles et festivals est massivement dominée par les productions étrangères, essentiellement françaises et anglo-saxonnes, au détriment des artistes de la FWB.

Chez les professionnels de la musique, l'analyse des médias du service public est alarmante. La RTBF reflète de moins en moins la qualité et la diversité des productions de la FWB. Elle ne reflète plus notre richesse culturelle et n'assure plus le lien entre les artistes et le public en FWB. Et les très rares émissions qui assurent encore ces fonctions sont en danger de disparition...

La Culture comme vecteur d'émancipationsociale:

Sommes-nous bien conscients du poids de la culture comme source d'emplois spécialisés (techniciens, musiciens, programmateurs, administratifs, manageurs,...) et d'entreprises non délocalisables (salles de concerts, festivals, labels, studios, ventes online, centres culturels, droits d'auteurs, etc...). À titre d'exemple, une récente étude de la SACEM (France) démontre que le poids du secteur culturel dépasse celui de l'industrie automobile dans ce pays.

Mais la culture n'est pas qu'une marchandise ou une industrie. C'est aussi un formidable vecteur d'éducation, d'émancipation personnelle. La pratique artistique est l'apprentissage du débat, de l'accueil de l'autre. L'éducation et la culture sont des composantes essentielles de la citoyenneté, de la nationalité et de l'humanisme.

Enseignement artistique à l'école:

Aujourd'hui, les disciplines artistiques (et musicales) sont en déliquescence dans l'enseignement au Sud du pays. Quand elles sont obligatoires, elles ne requièrent pas de formation particulière de la part des enseignants. Lorsqu'elles sont optionnelles, elles sont majoritairement négligées par les étudiants. Par ailleurs, aucun système d'évaluation externe n'est mis en place.

Ne croyez-vous pas important de mettre en place un programme d'éducation musicale à l'école (en lui donnant une place dans les grilles de cours de la maternelle au secondaire)? N'est-il pas fondamental que cette éducation artistique soit portée par des artistes compétents et expérimentés?

Le modèle économique en pleine mutation:

La diffusion de la musique sur internet a bouleversé les anciens modèles économiques de l'industrie musicale, et notre rapport à la musique. De nombreux musiciens sortent chaque année des écoles dans un marché déjà saturé.

La menace qui plane depuis quelques semaines sur les droits d'auteurs des artistes (une importante source de revenus menacée par le projet de CODEX), et un "statut d'intermittent pour artistes" perpétuellement remis en cause, sont autant de réalités qui fragilisent nos professions.

Comment remobiliser la société autour de ses créateurs et de ses producteurs pour leur donner les moyens de vivre et de travailler?

Diagnostic du secteur de la Culture:

Dans un contexte d'austérité budgétaire, si les budgets ne peuvent être gonflés, il existe des pistes de financement, des économies d'échelles à réaliser urgemment, et des gaspillages à combattre. A quand un diagnostic économique du secteur culturel et éducatif? N'est-il pas primordial de préserver des moyens pour garantir la diversité et la créativité musicale? Ce diagnostic devrait être réalisé par une commission d'experts (universitaires, artistes, ou spécialistes) indépendants et impartiaux.

Rôle du FACIR et des associations de professionnels:

Pour repenser une politique culturelle nouvelle et audacieuse, les artistes doivent être consultés, c'est leur domaine d'expertise (FACIR pour la musique, ConseilDead pour le Théâtre, etc.).

Le FACIR a l'ambition de devenir l'interlocuteur de référence pour toutes les décisions concernant la musique non classique, et cela, avec tous les partenaires et dans tous les domaines qui concernent l'exercice de notre métier, tels que les pouvoirs publics, partis politiques, ministères, commissions, droits d'auteur, médias.

C'est dans cet esprit que nous ouvrons aujourd'hui un dialogue qui, nous l'espérons, s'enrichira de vos propres réflexions et propositions autour de ces matières. Veuillez agréer, chère madame, cher monsieur, l'expression de nos plus musicales salutations.

Pour la Fédération des Auteurs Compositeurs et Interprètes Réunis:

  • Claude Semal, Ivan Tirtiaux, Guillaume van Parys, Toine Thys, Mathias Bressan, Michel Debrulle, Karine Germaix, Philippe Delhaye, Alain Pierre, Claire Spineux, Clément Nourry, François Cronemberg, Maxime Blésin, Pirly Zurstrassen, Sam Gertsmans, Julie Hermant, Thierry Poucet.

Sont également signataires:

  • Didier Monseur, Patrick Joniaux, Cloé Defossez alias Cloé du Trèfle, Gautier Bourgois, Claudine Bourg, Léonor Bailleul, Pierre Clerckx, Gori Elijah, Patrick Georges, Eve Beuvens, Alphonse Bodson, Martin Deschamps, Crystel Wautier, Chantal Bonfa, Paul Hermant, Chantal Dricot, Francis Debrabandere, Laurent Doumont, Barbara Malter Terrada, Frans Daels, Nicolas Sand, Bejmain Bertrand, Stephan Pougin, Anne Gennen, Céline Chappuis, Jean-Pierre Froidebise, Bilou Doneux, Eric Ronsse, Clément Delchambre, Tamara Szefer, Laurent Barbier, Rudy Mathey, Benoît Bosschaert, Olivier Colette, Radi Kadusic, Marie Warnant, Anne Wolf, Philippe Delhaye, Bernard Delpierre, Renaud Person, Isabelle Poitrenaud (Café-Théare au B'Izou), Jean Saeremans, Nicolas Champagne, Michel Paré, Michel Vrijdag, Jean-Louis Gaillard, Nathalie Loriers, Hugues Maréchal, Diane Broman, Katy Saudmont, Damien Campion, Seb Degreef, Stephane Mercier, Olivier Cima, Gladys Touly, Karin Clercq, Jacques Mouton, Michel Van Muylem (La Soupape), Jean-François Mitsch, Gérard Weissenstein, Aline Dhavré, Thierry de Brouwer, Bernard Castelloes, Pascale Ramet-Rivages, Matthieu Vandenabeele, Christian Schreurs, André Klenes, Etienne Richard, Jacques Verhaegen, Gaëtano Boutcher, Eric Tomson, Anne Bernard, Simon Cogels, Joachim Loneux, Claire Ruwet, Antoine Pierre Barbara Wiernik, Guillaume Palomba, Alexandre Buyr, Philippe Tasquin, Julie Jaroszewski, Manu Hermia.

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