Crise du disque: la fuite en avant

10/03/11 à 11:55 - Mise à jour à 11:55

DOSSIER | L'industrie musicale s'écroule, mais on n'a jamais sorti autant de CD. Paradoxe?

Crise du disque: la fuite en avant

© D.R.

Refrain connu. L'industrie musicale va mal. Pas la musique, non, présente désormais partout, tout le temps. La vente des CD par contre s'écroule, inexorablement, sans que les ventes en ligne n'arrivent à compenser. Des chiffres? La semaine dernière, la Belgian Entertainment Association (BEA), la fédération représentant l'industrie belge de la musique, de la vidéo et des jeux vidéo, livrait les résultats pour l'année 2010. Les CD (et DVD de musique) subissent une baisse des ventes de 12,4 % (soit une chute de revenus de 8,5 %). Certes, le nombre de téléchargements a quant à lui augmenté de 33 % pour les albums et de 15 % pour les singles. Mais la part de marché des téléchargements ne représente toujours que 10 % des ventes.

Plus de saison

Grosse déprime donc. Qu'on peut nuancer. Aux Etats-Unis, entre 2006 et 2009, le nombre d'"achats musicaux" (CD, singles, téléchargements légaux,...) a par exemple augmenté de 50 %, passant de 1 milliard à 1,5 milliard. Le live aussi n'a jamais aussi bien marché, et les sources de revenus ne cessent de se multiplier (ringtones, placement de produits...) En fait, c'est d'abord le format album qui est bousculé. A contrario, on a ainsi davantage vendu de singles entre 2006 et 2010 que pendant ces 30 dernières années. Avec une précision tout de même: le single l'est vraiment devenu. Sur les plateformes de téléchargement légal, la bonne vieille face B a quasi disparu. Dernier exemple en date: Cee Lo Green. La moitié de Gnarls Barkley a eu beau accoler à son hit Fuck You un second titre, Grand Canyon, ce dernier n'a jamais pris (le Guardian comparait notamment le nombre d'écoutes sur Last FM: à l'époque, près de 500 000 pour le tube, 36 pour sa face B...)

N'empêche, la tendance est là. Après un pic historique à la charnière des années 90 et 2000 (la glorieuse période des boys band), la vente d'albums s'est bel et bien effondrée. Pourquoi a-t-on alors l'impression qu'il n'en est jamais sorti autant? Les nouveautés semblent en effet s'enchaîner à un rythme de plus en plus effréné. Il y a quelques années encore, l'industrie connaissait des saisons, des moments plus creux ou réservés à certains produits ciblés (les best of pour Noël). Aujourd'hui, les sorties s'étalent sur les 12 mois de l'année. Même le mois de janvier est mis à profit. Des petits malins comme Vampire Weekend en ont ainsi bien profité, sortant leurs 2 premiers albums à des périodes censées être moins agitées. Cette année, des gros calibres comme PJ Harvey, Radiohead, White Lies ou Adele ont déjà livré leur disque. Une manière de faire son trou avant que le gros des troupes ne débarque? Comme si devant la masse des sorties, il fallait désormais aussi profiter des saisons traditionnellement plus calmes.

Moins de CD vendus, des disquaires qui ferment leurs portes les uns après les autres, tout cela alors que les nouvelles références se multiplient? Paradoxal mais apparemment vrai. Chez Universal, par exemple, le directeur marketing et des ventes confirme: "Il faut compter avec les rééditions d'anciens albums, les box, les coffrets, les titres en budget midprice, etc." Sans compter que "les nouveautés aussi sortent en plusieurs versions". Les statistiques de l'institut Nielsen montrent la même tendance: aux Etats-Unis, le nombre de nouvelles sorties aurait pratiquement doublé entre 2004 et 2009. Un peu comme si les maisons de disques préféraient jouer aujourd'hui sur la quantité, lançant un maximum de ballons d'essai pour multiplier leurs chances de toucher le gros lot. Sans que cela apparaisse être forcément la recette miracle...

Récemment, le Guardian interrogeait Richard Russell, patron d'XL Recordings. Avec les récents triomphes d'Adele, The xx, Vampire Weekend..., le label fait la nique aux majors. Il ne sort pourtant qu'une... demi-douzaine de disques par an. "C'est fondamental dans ce que nous faisons", déclare ainsi Russell, qui explique ne pas vouloir sacrifier la qualité à la quantité. "Il y a une tendance naturelle à en faire toujours plus, et je me bats contre ça en permanence." A méditer?

Laurent Hoebrechts

En savoir plus sur:

Nos partenaires