Beth Jeans Houghton & the Hooves of Destiny - Yours Truly, Cellophane Nose

12/03/12 à 14:34 - Mise à jour à 14:34

POP | Lorsque les symphonies de poche embrassent la voix angélique de la jeune Beth Jeans Houghton, c'est l'Angleterre qui se prend une cure de glamour.

BETH JEANS HOUGHTON & THE HOOVES OF DESTINY, YOURS TRULY, CELLOPHANE NOSE, DISTRIBUÉ PAR PIAS. ***
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Beth Jeans Houghton & the Hooves of Destiny - Yours Truly, Cellophane Nose

© DR

Dans le numéro de mars de Mojo, on voit BJ Houghton arpenter une plage californienne avec l'allure d'une escort girl à un million de dollars. Vive mise en scène d'un désir affiché de glamour ultra ricain? Le rêve sonne banal quand on vient d'une ville informe du nord-est de la Grande-Bretagne, Newcastle upon Tyne, et que les frémissements d'une carrière internationale vous emmènent dans la maison de Malibu d'Anthony Kiedis. Cet itinéraire vers la staritude pailletée est aussi dans la musique de ce premier album, court mais bon. BJ, 22 ans, y démontre une voix virtuose qui peut rappeler les envolées folk de la rescapée sixties Vashti Bunyan ou de la contemporaine Laura Marling. Mais à l'instar de ses idoles Neil Young et Joni Mitchell, BJ a compris que le simple accouplement chant/guitare n'est pas forcément la porte d'entrée au mystère. Donc, son timbre clair et acrobatique, qui évoque plus d'une fois la densité aérienne de l'opéra (The Barely Skinny Bone Tree), plus son allure top model de l'Oreal ne sont pas ses seuls arguments de séduction. BJ brouille les pistes pour les rendre, à nouveau, plus attractives, chaque chanson faisant l'objet d'imbrications sophistiquées ignorant volontiers la trame usuelle couplet/refrain.

Rêves éveillés

Ici intervient Ben Hillier, l'un des producteurs les plus intéressants du moment, responsable de plusieurs albums d'envergure comme le Cast of Thousands d'Elbow ou le Think Tank de Blur. Selon Mojo, BJ lui aurait demandé "de ne pas faire sonner le disque de manière surproduite", ce qui est tout relatif puisqu'Hillier organise des chansons multi-couches pas loin d'être prophylactiques dans leur idée de propreté absolue. Même lorsque les cordes s'affrontent à une guitare très électrique (Franklin Benedict), c'est sans bavure, chirurgical, génération laser. Sinon, cette diversité galopante a du bon: Atlas se trémousse comme un inédit africaniste de Lizzy Mercier Descloux et Nightswimmer, à propos d'un dormeur suant (...), honore le clavecin tout en laissant la conclusion à des synthés 70's. Assez typique de l'idiosyncrasie du disque, le Sweet Tooth Bird d'ouverture trimballe une jovialité maniaque, un peu comme si Mika -que le titre évoque- revenait en femme d'affaires sophistiquée. Tout cela construit un album, encore une fois, séduisant, aux allures de rêves éveillés (Dodecahedron), mais auquel il manque une dimension émotionnelle, peut-être la vulnérabilité, pour laisser davantage de marques durables. Complètement typique d'une époque qui penche pour le clinquant et l'union look/musique face à des alternatives moins consuméristes. La prochaine fois, Beth, t'essaies sans make up?

Philippe Cornet

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