12 incontournables des Nuits Bota

06/05/16 à 15:15 - Mise à jour à 15:13

Source: Focus Vif

Suivez le guide: alors que les Nuits du Botanique se sont ouvertes ce jeudi avec le concert (complet) de Yann Tiersen, Focus vous propose un tour parmi les pépites de sa programmation à venir. The Rhythm of the Nights.

12 incontournables des Nuits Bota

Philippe Katerine © DR

Lyenn/Castus

13/05, Rotonde

Le festival du Bota a comme d'habitude prévu sa Nuit belge (une création du Colisée/Baloji/La Muerte...) mais ce n'est pas nécessairement lors de cette soirée toutes salles du 16 mai qu'il faudra s'en aller chercher nos représentants les plus passionnants. Ainsi, le 13 mai, (Cédric) Castus et (Frédéric) Lyenn défendront deux albums tout beaux tout neufs dans le décor cosy de la Rotonde. Le premier une plaque obsédante, instrumentale et monomaniaque qui n'est pas sans rappeler Battles, entouré de membres des Girls in Hawaii, Hoquets, Le Colisée et Mièle. Le second, musicos de Mark Lanegan, un disque intimiste terriblement habité comme en aurait peut-être enregistré un Jeff Buckley s'il avait bossé dans son coin plutôt que de signer sur une major. Pas belge, la vie?

Les Premiers, les Derniers. Ciné concert

17/05, Cirque royal

En janvier, Bouli Lanners sortait son quatrième film. Un road-movie, Les Premiers, les derniers, aux allures de western wallon, surréaliste et crépusculaire dont il confia la bande originale à Pascal Humbert. Entouré de Koen Gisen (guitare), Catherine Graindorge (violon/alto) et Jérémie Garat (violoncelle/guitare), l'ancien membre de 16 Horsepower et de Wovenhand remplace sa propre bande-son le temps d'un ciné concert auquel participera Bertrand Cantat (avec qui il a fabriqué l'album de Detroit et collaboré sur le spectacle Le Cycle des femmes: trois histoires de Sophocle de Wajdi Mouawad). Bref, une création exceptionnelle et un must même quand on connaît déjà l'histoire de Cochise et Gilou, ces deux chasseurs de prime engagés pour retrouver un téléphone portable... ˜

Cocorosie/Benoît Lizen & Mons Orchestra

18/05, Cirque royal

Revenues avec Heartache City, un dernier album ludique, poétique et bricolé, jouer dans le jardin de La Maison de mon rêve, Bianca et Sierra Casady ont retrouvé l'âme d'enfant qui sommeillait en elles. Une sorte de résurrection pour les deux frangines à la magie folle et au folk magique qu'on qualifiait il y a dix ans de "freak". Avec leurs instruments jouets et leurs voix d'orphelines, leurs petites ritournelles rachitiques et leur sens de l'artisanat (ce disque est sorti sur leur propre label, Lost Girl Records, d'où son manque d'exposition), Coco et Rosie sont prêtes à se mettre le Cirque royal en poche. Et comme deux raisons d'acheter un ticket de concert valent mieux qu'une, les soeurettes partagent leur soirée avec le désarmant Benoît Lizen. Le doux Liégeois, qui chante ses comptines dans un langage de sa propre invention et a abandonné son boulot de chercheur à l'université de Louvain-La-Neuve pour se consacrer pleinement à sa passion, sera accompagné du Mons Orchestra pour l'occasion. ˜

Feu! Chatterton

19/05, Cirque royal

Nominé aux Victoires de la musique grâce à ses prestations électriques et habitées, Feu! Chatterton est l'une des sensations françaises du moment. Les cinq potes qui se sont rencontrés sur les bancs du lycée et doivent leur nom de scène à un tableau du peintre britannique Henry Wallis (plus encore qu'à son sujet, Thomas Chatterton, l'écrivain parti à 17 ans sur un suicide à l'arsenic) sortaient en novembre dernier un premier album, Ici le jour (a tout enseveli), enregistré à Göteborg. Textes poétiques et arrangements rock. Vocabulaire grandiloquent et chant fiévreux... Feu! Chatterton reprend le flambeau d'un rock en français lettré et possédé dans l'esprit d'un Dominique A et d'un Bertrand Cantat...˜

Steve Gunn

19/05, Orangerie

Guitariste, à ses heures perdues, de Kurt Vile, le natif de Pennsylvanie Steve Gunn avait déposé en 2014 sa carte de visite avec le tournoyant Way Out Weather. Un disque splendide, étourdissant, qui révélait enfin les charmes insondables de ce musicien de talent. Déjà aux Nuits l'an dernier, l'Américain aux yeux toujours fatigués passe cette année y présenter avec un peu d'avance Eyes on the Line, son premier album pour le label Matador, dont la sortie est prévue pour le 3 juin. Quelque part entre le singer songwriter et le guitar hero explorateur, Steve Gunn dessine des motifs ensorcelants et répétitifs. Un peu comme si Television et Tom Verlaine se l'étaient joué moins urbain et davantage marqué par les musiques traditionnelles états-uniennes. Avec les Touaregs algériens d'Imarhan, produits par Tinariwen, et les cowboys de Xixa (emmenés par deux membres de Giant Sand), la soirée s'annonce placée sous le signe beau et poussiéreux des grands espaces. Gunn and roses... ˜

Closing Night Owls

21/05, toutes salles

Si au Royaume-Uni, les pubs doivent attendre les 90 balais de la Reine pour voir sauter le couvre-feu, au Bota, on peut se contenter plus modestement de la Closing Night Owls, la soirée électronique et tardive du festival. Pour que la Nuit de samedi à dimanche soit blanche, le Botanique fait péter le toutes salles dans la foulée du concert, complet, de Fakear sous le Chapiteau. Tarif préférentiel pour ceux qui en sont (7 euros seulement si vous êtes en plus détenteur de la Bota'Carte)... L'after franco-belge tire tous azimuts. Tylacine (le nom savant du loup de Tasmanie), son électro et son sax alto, Lawrence Ledoux et ses expérimentations électro-ludiques, Sagat, ses plaques synthétiques et sa techno déconstruite. Mais aussi The Orgonauts (Walter Hus), avec une création imaginée pour l'occasion, le duo trance dance Tav Exotic ou encore le Gantois Mathieu Serruys qui revisite le travail de Germaine Dulac, pionnière du film expérimental. Dansez malins... ˜

Bachar Mar-Khalifé

21/05, Grand Salon de Concert!

"Je m'excuse, fils. Il s'agit de l'une de tes premières déceptions, dans ce pays où l'homme vit des déceptions quotidiennes et écrasantes, en raison de l'absence de justice et du déni des libertés fondamentales qui témoignent de l'effondrement, de l'explosion et de la décadence de notre civilisation." Ces mots durs sont ceux du chanteur et joueur de oud Marcel Khalifé, adressés à son fiston Bachar. Il y a quelques semaines, la Sûreté générale libanaise interdisait une des chansons de ce dernier, lui reprochant de "porter atteinte à l'entité divine". Kyrie Eleison, titre d'ouverture de son splendide album Ya Balad, sera privé de diffusion et devra même être supprimé du disque pour qu'il puisse être distribué. Le prodigieux chanteur, compositeur et multi-instrumentiste franco-libanais formé au Conservatoire de Paris sera quoi qu'il en soit au Bota avec son subtil et classieux mélange de jazz, de musique traditionnelle, classique et électronique. Et ses chansons marquées par l'enfance et la nostalgie (certaines sont d'ailleurs des berceuses). Assurément l'un des grands moments, intimes et virtuoses, de cette édition 2016. ˜

Katerine

21/05, Cirque royal

Récemment croisé en Président de la République dans le Gaz de France de Benoît Forgeard (l'homme qui signe dans So Film des critiques imaginaires de sorties loufoques prévues dix ans plus tard), aperçu en méchant colonel Janouniou dans La Tour de contrôle infernale d'Eric Judor et annoncé dans le premier long, Hibou, de Ramzy Bedia, Philippe Katerine revient à la musique avec Le Film. Un disque dépouillé où piano, instruments de poche et bruitages divers répondent à la voix fluette du fantasque, fantaisiste et folklorique hurluberlu. Loin de Louxor, même s'il adore (et puis pourquoi pas lui faire un petit lifting de tournée), Katerine joue les équilibristes burlesques. Rappelle les chansonniers d'antan. Et raconte le film, au montage complètement absurde la plupart du temps, qu'est notre vie. ˜

Acid Arab

22/05, Cirque royal

Afrique du nord, Liban, Egypte... Projet participatif initié par Guido Minisky et Hervé Carvalho, deux DJ's du club parisien Chez Moune, Acid Arab a le dancefloor ensoleillé et métissé d'une Europe qui s'ouvre aux autres cultures et d'une Afrique qui le lui rend bien. Rythmes orientaux et sonorités électroniques... Les Français ont le coeur qui balance entre la rave party qui dérape et le mariage traditionnel égyptien. D'où cette idée d'accoupler l'acid house et la musique orientale. Deux genres faits pour s'entendre et une soirée qui plaira autant aux clubbeurs qu'aux amateurs de world music. Acid Arab fera son Cirque (royal) avec les Israéliens new-yorkais de Balkan Beat Box et les bidouillages tordus de Flexfab. Aciiiiiiid! ˜

Nap Eyes

22/05, Grand salon de concert!

C'est l'un de nos coups de coeur de l'année. Emmené par le singer et songwriter canadien Nigel Chapman, Nap Eyes (qu'on traduira par les "yeux de la sieste") a signé avec Thought Rock Fish Scale un merveilleux disque de chevet comme de voyage qui plaira aux fans de Lou Reed aussi bien qu'à ceux d'un Bob Dylan. Chapman et ses potes aux allures de slackers signent huit chansons remarquables et affolantes de sincérité qui scrutent l'horizon et prennent le large. Proches de Luna (le projet post Galaxie 500 du génial Dean Wareham) et pas bien loin de la décontraction touchante d'un Herman Düne. Un disque introspectif aux allures de Being John Malkovich musical, enregistré dans la Nouvelle-Ecosse rurale et destiné à vous toucher droit au coeur. Close your eyes and take a nap... ˜

Suuns

22/05, Orangerie

Est-ce dû à leur collaboration avec Jerusalem in my Heart, à leur inextinguible curiosité musicale ou juste à un souhait d'avancer, quitte à prendre ses fans à rebrousse-poil? On n'ira pas jusqu'à prétendre qu'ils font tout à l'envers mais les Canadiens de Suuns viennent de signer avec Hold/Still un troisième album plutôt radical qui force le respect. Certainement pas le plus accessible, né dans le refus du compromis et dépourvu de tubes, Hold/Still fait briller Suuns dans ce qu'il a de plus sombre et brut. De contaminé et délabré. Pour chauffer le terrain, ouvrir la promenade dans leurs labyrinthes électriques et électroniques, les Clinic montréalais pourront compter sur les services de Duane Serah. Projet plus ou moins solo d'Hugues Daro, échappé des Scrap Dealers. Black hole Suuns... ˜

Ty Segall & The Muggers

01/06, Orangerie

Retiens les Nuits. Après quasiment une semaine de repos (un seul concert, les Australiens de Royal Headache, à La Rotonde et une création à la Cathédrale des Saints Michel et Gudule depuis le 22 mai), le festival du Botanique refleurira début juin avec une poignée de soirées qui parachèveront plus ou moins sa saison. Avant Liima, Julia Holter et Julianna Barwick, c'est le rockeur à la chevelure d'ange Ty Segall qui mettra le feu à l'Orangerie avec ses Muggers (Mikal Cronin, deux membres de Wand...). Le petit prince, un peu bouffi mais toujours aussi rageur, du rock californien n'est pas dans la période la plus excitante de sa carrière mais baigne sans doute par contre dans sa plus lourde. Ty en 2016, c'est Led Zep retrouvé au pieu avec T Rex. Jimmy Page caché sous la couette avec Marc Bolan. Pour info, la première partie sera assurée par les sauvages Hennuyers de La Jungle. Désolé, c'est déjà complet.

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