Patti Smith et Robert Mapplethorpe, Just Kids...

02/12/10 à 13:02 - Mise à jour à 13:02

Dans "Just Kids", Patti Smith écrit un hommage vibrant à son âme soeur, le photographe Robert Mapplethorpe. Et rappelle qu'elle a su gratter la plume bien avant la guitare.

Patti Smith et Robert Mapplethorpe, Just Kids...

© DR

Sur la photo choisie pour la couverture du livre, ils posent, le regard défiant et supérieur, devant les attractions de Coney Island: lui, sous un chapeau, futur photographe consacré au Whitney Museum, elle, les cheveux ceints d'un bandeau, bientôt élevée au rang de "prêtresse punk".

Patti Smith et Robert Mapplethorpe: un de ces couples mythiques dont les gloires individuelles sont indémêlables du parcours commun. "Avant que Robert ne décède, je lui ai promis que j'écrirais un jour notre histoire." C'est sur cette justification un peu bateau que Patti Smith engage un portrait vraiment rare: le sien, celui de Mapplethorpe et de toute la génération qui commence à gronder avec eux, dès 1967.

"C'était l'été de la mort de Coltrane. Les enfants fleurs levaient leurs bras vides et la Chine faisait exploser la bombe H.A Monterey, Jimi Hendrix mettait le feu à sa guitare. (...) Des émeutes éclataient à Newark, Milwaukee et Detroit. C'était l'été d'Elvira Madigan, l'été de l'amour. Et dans cette atmosphère instable, inhospitalière, le hasard d'une rencontre a changé ma vie. C'est l'été où j'ai rencontré Robert Mapplethorpe."

Ames soeurs

Une découverte comme un électrochoc pour ces deux paumés venus tenter la "dernière chance" à NY, à 20 ans seulement. D'abord amants, ils s'enracinent bientôt à un lien plus profond, un pacte artistique quasi mystique que rien ne viendra ébranler: ni l'annonce de l'homosexualité de Robert, ni ces débuts terribles où la drogue, la crasse, la maladie et l'échec semblent les river au purgatoire.

Libérés des affres de leur histoire d'amour, Robert peint et dessine, infiltre les milieux SM et la prostitution; Patti est connectée à l'écrit: à l'époque du Chelsea Hotel (l'un des passages du livre les plus grisants), elle fait "son université" en rencontrant les écrivains Ginsberg et Burroughs avant de publier ses propres recueils.

Ames soeurs, artistes-frères, Smith et Mappelthorpe font rempart au milieu d'une génération friable et extrême, dont ils prennent le plus fort avant qu'elle ne s'effondre. Ils y puisent des références réelles et des appartenances fantasmées (Beat generation, Jeanne d'Arc, poètes maudits, mouvement punk, Janis Joplin, underground), y cherchant quelle forme donner à leur propre univers.

Une vie qui passe au rythme des amants de passage, des photomatons de quartier et des disques en boucle sur l'électrophone, puis soudain de rencontres déterminantes, d'infimes connexions et de sacrés signes du destin. Deux d'entre eux (un concert des Doors, où elle ressent la froide conviction de pouvoir "en donner autant" et un polaroïd mis dans ses mains à lui) seront décisifs.

Pudique, le livre s'arrête avant la gloire, comme pour maintenir le projecteur braqué sur sa genèse. Just Kids, c'est le récit de deux vies hors ligne qui nous avaient déjà offert des photos sublimes, des chansons terribles et des poèmes inspirés. Elles sont désormais à la source du roman qu'elles méritaient, rock and roll, habité et nostalgique.

Just Kids, de Patti Smith, éditions Denoël, 336 pages.

Ysaline Parisis

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