Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts
Journaliste musique
Opinion

24/12/12 à 10:28 - Mise à jour à 10:28

Plateau de jeu

25 jeunes danseurs hip hop se lancent dans une formation professionnelle inédite. Anne Closset les a suivis et en a tiré le docu Get Your Funk!

La chronique de Laurent Hoebrechts

Le constat est de Sandrine Mathevon, programmatrice danse au centre culturel Jacques Franck, à Saint-Gilles: "Cette culture urbaine n'est pas toute neuve et pourtant on ne la voit quasi jamais sur les scènes." Le paradoxe n'est pas neuf: autant la composante musicale du hip hop -le rap- a réussi à sortir du ghetto et à rejoindre aujourd'hui le mainstream, autant l'élément danse semble être resté "enfermé à l'extérieur", dans la rue. Une situation d'autant plus étrange que c'est d'abord par le break-dance que le mouvement culturel s'est fait remarquer...

C'est la première qualité de Get Your Funk!, docu réalisé par Anne Closset: rappeler non seulement l'existence de la danse hip hop, mais également sa vivacité, son énergie aussi contagieuse. La réalisatrice a suivi 25 jeunes danseurs, venus de Charleroi, Mons, Namur et Bruxelles, lancés dans une formation au long cours, étalée sur près de deux ans. L'effet Star Ac' ou Danse avec les stars version street culture? Get Your Funk! ne pourrait en être plus éloigné...

Street credibility

La formation, intitulée "Hip hop, du tremplin à la scène", avait un objectif clair, ambitieux: amener la troupe sélectionnée vers la scène professionnelle. Un défi qui demande pas mal de sacrifices: comment concilier la pratique intensive de la danse avec les études ou les petits boulots accumulés à gauche et à droite?

Pourtant ce n'est pas cette histoire qui rend Get Your Funk! attachant -le schéma classique à la Rocky, la sueur et le sang, avec l'espoir d'atteindre la plus haute marche du podium. Ce récit-là, Anne Closset le contourne par exemple en ne se centrant jamais sur un seul personnage, évitant les face caméra, distillant les commentaires en voix off des participants non identifiés. Pari osé, pari gagné.

Car le vrai noeud de la formation est ailleurs. Comment amener les "hip-hopeurs" vers le milieu de la danse professionnelle? Comment la danse contemporaine va-t-elle également nourrir les pratiques urbaines? La danse hip hop ne risque-t-elle pas de se perdre? Les premiers cours que reçoit la troupe sont donc foncièrement hip hop. B-boying, locking, electro-boogalo, waacking, house dance... Les bases donc, pour aller ensuite voir ailleurs. En cassant par exemple certains codes d'une culture street souvent très virile: "Il faut aller dans le contemporain pour assumer le corps", indique l'un; "la danse hip hop est parfois tellement formelle, visuelle, qu'il y a moins de place pour le ressenti", soulève une autre. Objectif final: dépasser les schémas pour creuser à l'intérieur et raconter sa propre histoire. La dramaturge Angélique Wilkie insiste: "Vous n'êtes pas là seulement en tant que hip-hopeurs, mais en tant qu'artistes", ce qui implique "une remise en question permanente". "Ce n'est pas un petit choix, ça." En effet...

GET YOUR FUNK!, ANNE CLOSSET, 53'. POINTS DE VENTE SUR WWW.ATHANOR-PRODUCTION.BE

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