Myriam Leroy
Myriam Leroy
Journaliste
Opinion

02/03/12 à 11:07 - Mise à jour à 11:07

Casser la voix

TF1 a débuté sa version du nouveau télécrochet d'Endemol, The Voice. Et la RTBF n'a franchement pas à rougir de la comparaison.

La chronique de Myriam Leroy

On craignait un peu, à vrai dire, que la grosse machine TF1 fasse de l'ombre à la modeste RTBF. Que le rêve fou de celle-ci (mettre la concurrence au tapis les mardis soirs), qu'elle touchait enfin du doigt jusqu'à faire de l'ombre aux confidences larmoyantes à Stéphane Pauwels, s'éteigne face aux paillettes et aux moyens français.

Qu'une hémorragie de téléspectateurs soit transfusée directement dans les veines de la première chaîne d'Europe, un mastodonte qui en a bien moins besoin que les nôtres. Eh bien, à la vision du premier épisode de The Voice made in Hexagone (Zeu Voicen comme on dit là-bas), toutes nos inquiétudes se sont envolées.

Oui, TF1 a un plateau plus grand, plus clinquant, plus peuplé, plus enluminé. Oui, ses jurés (pardon, coachs) vendent chacun des millions d'albums à chaque sortie contre quelques milliers pour les nôtres. Oui, Nikos Aliagas a plus de bouteille et de bagout que la frêle Maureen Louys. Et c'est vrai que l'hominidé frenchie, biberonné à la confiance, démontre plus d'aisance à faire le show et à le commenter que notre timoré compatriote, peu habitué à la mise en lumière.

Au-delà de ça, The Voice vaut certainement bien Zeu Voicen. Même dynamique, même réalisation nerveuse, même styliste aveugle et maquilleur daltonien, même abus de chansons d'Adele -sur scène ou pour habiller des "moments d'émotion"-, même casting de "freaks" (chanteurs d'opérette, garçons à la voix de fille, armoires à glace au timbre doux comme du miel)...

"Juste énorme"

Et si notre coeur balance pour la version noire-jaune-rouge de l'émission, ce n'est pas uniquement par chauvinisme. C'est notamment parce que nos coachs ont des avis autrement plus argumentés que Jenifer, Garou, Florent Pagny et Louis Bertignac (étrangement teint en brun et déguisé en Keith Richards pour l'occasion), dotés d'un charisme de mouche et d'un lexique limité aux mots "juste" et "énorme". "Juste énorme, juste parfait, juste trop bien, juste un truc de fou..." Parmi les exclamations formulées, citons encore celles-ci, parmi les plus élaborées ce samedi soir: "Vous m'avez foutu les poils", "Je vous prends quand vous voulez (sic)"... On en vient à regretter l'exaltation de Lio, le cabotinage de Quentin Mosimann et des Joshua, les envolées lyriques de B.J. Scott... qui proposent, au moins, un jugement de professionnels (quelle que soit la crédibilité qu'on leur attribue) sur la prestation des candidats. Et qui le formulent souvent avec justesse et un sens aigu de la critique constructive.

Quant aux candidats, ni meilleurs ni moins bons que les nôtres, ils démontrent que le talent n'est pas fonction de la taille du pays, et que notre petit royaume complexé abrite en son sein des graines de stars qui ne demandent que la lumière des projecteurs pour pouvoir grandir et s'épanouir.

Enfin, argument massue en notre faveur: il n'existe qu'une Lubiana, et elle est d'ici, nananère.

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