Voyage spatial dans le cinéma

03/07/18 à 15:58 - Mise à jour à 18:58

Source: Focus Vif

Une étoile est née devant l'objectif du plus grand télescope au monde. Pour la première fois, la science a pu observer cette mise au monde. Bien avant cette naissance céleste, le cinéma s'était chargé d'imaginer l'événement

Voyage spatial dans le cinéma

Extrait de 2001: A Space Odyssey, Stanley Kubrick © Capture d'écran YouTube

Comme des voisins impolis, l'équipe de scientifiques de l'ESO s'est offert la naissance d'une étoile en 4K. Un point noir dans un nuage rouge, nommé PDS 70b.

Avant que l'objectif le plus lumineux du monde ne fige cette image, le cinéma s'était emparé de la question. De Terrence Malick à Andreï Tarkovski, visite guidée de l'espace au cinéma.

Mallick et la métaphysique vont en bateau

Alors oui. Depuis quelques années, il s'est perdu. Tout le monde le sait, tout le monde est triste. Mais on fait avec. Avec The Tree of Life, Terrence Malick a peut-être signé son dernier grand film.

Ici, la caméra glisse sur les visages endeuillés de Brad Pitt et de Jessica Chastain. Là-bas, Malick cadre l'ondulation des feuilles d'un hêtre dans un monde couleur pastel. Entre les deux, une scène elliptique de 16 minutes. La naissance du monde, la formation de la vie et, soudain, des dinosaures.

Dans cette aventure métaphysique, tout commence par des volutes éthérées. Rouges, puis grises. La lumière qui perce l'eau. On entend le bruit des vagues. Et puis, le Lacrimosa de Zbigniew Preisner, le compositeur fétiche de Kieslowski. Les notes d'un requiem sur des images de vie.

La soprano pousse les aigus et les nuages dessinent l'espace, jusqu'au fracas du Big Bang. Peu à peu, la nature se forme, les bactéries s'excitent dans les océans et les volcans crachent leur violence. Une certaine vision de l'évolution, celle d'un réalisateur qui tente. Et dans la famille des plus grandes ellipses du cinéma, il n'est pas seul.

"2001, l'Odyssée de l'espace"

Le combat paléolithique de deux clans de singes pour un point d'eau. Subitement, un monolithe noir. L'un des groupes s'arme d'ossement, tanne l'autre partie. À eux la source dans le désert. Un singe lance un fémur dans le ciel. Ralenti. La caméra suit sa trajectoire circulaire. Cut. Le fémur se mue en vaisseau spatial qui flotte dans le vide céleste. La plus belle ellipse de l'histoire du cinéma. Classique des classiques.

Plus loin dans le film, Kubrick a façonné une scène qui a sûrement inspiré Malick. La chute dans l'infini de l'astronaute David Bowman. Une scène totale, un trip en avant et la couleur partout. Un espace angoissant de possibilités. Et puis, encore une fois, la vie.

Le céleste se dessine en cycle, des premières heures à la renaissance, dans un voyage réglé au millimètre. Avec 2001, Stanley Kubrick instaure le futur de la science-fiction, libère des frontières techniques et construit un imaginaire visuel qui résonne encore.

"Solaris", et l'eau toujours

Dans le Solaris d'Andreï Tarkovski, on observe une planète. C'est un océan bouillonnant, bleu, gris, orange parfois. Cet astre, les scientifiques le soupçonnent d'être en vie. Un objet biologique, une masse en mouvement. On veut communiquer avec la planète-créature. Elle interagit, modifie l'espace, calque le vivant. Elle a son identité, sa forme.

Tarkovski réalise des films qui s'écoulent, où le rythme est l'unité primordiale, où la mise en scène est aqueuse. Comme dans Stalker, comme dans Nostalghia. Le montage s'éloigne du fonctionnel pour rejoindre la poésie. Solaris, c'est un poème de l'espace.

The Tree of Life, 2001 et Solaris ont un point commun. C'est le temps qui passe. Chacun d'eux propose une représentation vivante de l'espace. Les images défilent comme les grains d'un sablier. On plonge. Et finalement, le résultat n'est pas très différent du nouveau-né PDS 70b.

Victor Huon

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