[Le film de la semaine] Wonderstruck, de Todd Haynes

19/12/17 à 15:37 - Mise à jour à 15:37
Du Le Vif Focus du 15/12/17

DRAME | Destiné aux enfants comme pour mieux troubler les adultes, ce film foisonnant justifie sans l'ombre d'une hésitation son titre français de Musée des merveilles.

[Le film de la semaine] Wonderstruck, de Todd Haynes

L'on n'attendait guère Todd Haynes, le réalisateur des Far from Heaven, Mildred Pierce ou autre Carol, sur le terrain de l'enfance. Mais s'il marque une évolution incontestable dans son parcours, Wonderstruck, son septième long métrage, s'inscrit pourtant dans la continuité de son oeuvre, tant par la sensibilité qui s'y exprime que par la vision d'esthète qui y préside, inscrivant cet étourdissant récit d'apprentissage situé au confluent de deux solitudes dans un rapport étroit à l'histoire du cinéma.

Adapté du roman éponyme de Brian Selznick, l'auteur de Hugo Cabret, autrefois porté à l'écran par Martin Scorsese, Wonderstruck suit une double trame narrative, quête symétrique se déployant à 50 ans de distance. Et débute en 1977 à Gunflight Lake, Minnesota, lorsque Ben (Oakes Fegley), un gamin de 12 ans, décide à la mort de sa mère (Michelle Williams) et après qu'un accident l'a privé de l'ouïe, de partir à la recherche de son père inconnu, prenant le bus pour New York, avec pour maigres indices un album sur le Musée d'Histoire naturelle et l'adresse d'une librairie. À quoi répond, 50 ans plus tôt, en 1927, l'histoire de Rose (Millicent Simmonds), fillette de Hoboken isolée du monde par sa surdité, ne trouvant de réconfort que devant les films muets de Lillian Mayhew (Julianne Moore). Et qui, malmenée par son père, va prendre le ferry à destination de Manhattan où cette dernière, dont il s'avérera qu'elle n'est autre que sa mère, se produit sur scène...

Émerveillement partagé

La suite est pur enchantement: ces deux histoires aux rimes nombreuses, Todd Haynes réussit à les imbriquer étroitement, avant de les faire converger, le film jonglant avec les époques comme avec les esthétiques à mesure qu'il navigue de l'une à l'autre avec un sens éprouvé du récit. Et d'appliquer les codes du muet à Rose, évoluant en noir et blanc au son exclusif de la partition de Carter Burwell, tandis que les aventures de Ben dans Big Apple adoptent le grain caractéristique du cinéma des années 70 (Wonderstruck a, du reste, été tourné sur pellicule, seule à même de restituer le travail de son directeur photo Ed Lachman), les échanges y étant tapissés de groove funky. La magie du film (et le miracle du cinéma) voulant que les transitions s'opèrent avec une exceptionnelle fluidité.

Un même courant souterrain unit, il est vrai, les deux histoires, que viennent souligner les correspondances se multipliant à mesure qu'approche la résolution du mystère les sous-tendant. Haynes refuse toutefois de brusquer les choses, et son film musarde à hauteur de l'imaginaire d'enfants appréhendant le monde avec une faculté d'émerveillement intacte -justifiant l'épigraphe empruntée à Oscar Wilde: "Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d'entre nous regardent les étoiles." Émerveillement partagé, d'ailleurs, alors que se déploient sous le regard du spectateur cabinet des curiosités, diorama, maquettes et autres, voyage volontiers fétichiste dans le passé -on est chez Todd Haynes après tout-, culminant au Panorama du musée du Queens, pour un final bouleversant. Destiné aux enfants comme pour mieux troubler les adultes, ce film foisonnant justifie sans l'ombre d'une hésitation son titre français de Musée des merveilles.

De Todd Haynes. Avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore. 1h56. Sortie: 20/12. ****(*)

>> Lire également notre interview de Todd Haynes.

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