Dernier voyage en Italie avec "The American"

27/10/10 à 08:55 - Mise à jour à 08:55

Le destin a fixé rendez-vous au héros de "The American", un film noir solennel et hanté, idéalement situé dans de fascinants paysages italiens. Avec un George Clooney parfait dans son rôle.

Dernier voyage en Italie avec "The American"

© DR

Anton Corbijn filme les paysages comme des visages, et les visages comme des paysages. C'était une des qualités de Control, et elle s'illustre encore plus remarquablement dans le nouveau long métrage du talentueux Hollandais.

The American nous emmène tout d'abord dans le nord, en Suède, où un manteau neigeux recouvre une nature en hibernation. Dans un chalet isolé, un couple partage un moment intime avant de sortir se promener. Soudain, des traces de pas dans la neige signalent une autre présence. Et très vite, des coups de feu claquent, forçant l'homme à emmener la femme à couvert. Quand elle le voit sortir lui-même une arme à feu de sa veste, elle réalise, mais un peu tard, qu'il ne lui a sans doute pas dit toute la vérité sur ses activités professionnelles...

Ainsi débute un film dont le personnage central, Jack, exerce le métier de tueur à gages. Et s'il se tire, au prix entre autres d'un acte extraordinairement choquant, du piège qu'on lui a tendu, il va se voir contraint de prendre la fuite. C'est vers l'Italie qu'il cheminera bientôt, vers Rome où l'attend un contact, puis vers un village des Abruzzes où il va se terrer, tout en remplissant son nouveau contrat: fabriquer une arme pour une femme aussi mystérieuse que séduisante...

Jack, c'est George Clooney, une fois de plus magnifique de présence, mais sans ces pointes d'humour qui collent si souvent à ses personnages. Nous sommes dans un film noir, très noir. Du genre où le destin fixe des rendez-vous dont on ne revient pas. Un film où passent l'ombre du Jean-Pierre Melville du Samouraï, de l'Antonioni de The Passenger avec Jack Nicholson, du Raoul Walsh de High Sierra, de John Huston et de Sergio Leone aussi.

L'action ne manque pas dans The American, mais ce sont les moments "entre", les moments creux, qui suscitent le plus d'émotion. Anton Corbijn y décline le cinéma de genre sur un mode mélancolique dans lequel Clooney s'inscrit puissamment. L'ébauche d'une illusion amoureuse, immédiatement menacée par un engrenage mortel, vient ajouter au climat de tristesse régnant d'assez fascinante manière. Dans le personnage de Pavel, l'homme qui procure ses contrats à Jack, on remarque un excellent Johan Leysen, acteur belge de classe.

The American, d'Anton Corbijn, avec George Clooney, Thekla Reuten, Violante Placido. 1h43.

Louis Danvers

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