[Critique ciné] Les Chevaliers blancs, cinéma populaire aux enjeux exigeants

26/01/16 à 14:42 - Mise à jour à 27/01/16 à 14:59

Source: Focus Vif

DRAME | Fictionnalisant à partir de l'affaire de L'Arche de Zoé, Joachim Lafosse se lance dans le récit d'un fiasco humanitaire aux relents criminels.

[Critique ciné] Les Chevaliers blancs, cinéma populaire aux enjeux exigeants

Vincent Lindon dans Les Chevaliers blancs de Joachim Lafosse © DR

A l'origine, ce constat sans appel, déjà fondateur d'A perdre la raison en 2012: l'enfer est pavé de bonnes intentions. Et le motif du fait divers récent comme élément matriciel: l'affaire Lhermitte hier, celle de L'Arche de Zoé aujourd'hui. Fictionnalisant à partir de celle-ci, Joachim Lafosse se lance dans le récit d'un fiasco humanitaire aux relents criminels, emboîtant le pas de Jacques Arnault (Vincent Lindon), président de l'ONG "Move for Kids", et de son équipe de volontaires alors qu'ils débarquent en Afrique pour une mission coup de poing: l'évacuation forcée de 300 orphelins en bas âge victimes de la guerre civile vers la France, où les attendent les parents candidats à l'adoption qui ont financé l'opération...

L'électro d'Apparat renforce le sentiment que ces humanitaires boy-scouts, moqués dès le titre du film, partent en croisade. Une croisade égotique, pulsionnelle, fondée sur le principe que la fin, forcément rédemptrice, justifie toujours les moyens. En bon cinéaste de l'inconfort, Lafosse ne capitule jamais sur le fond, mais opte pour une forme plus accessible, creusant la veine d'un cinéma populaire aux enjeux exigeants. Entre sa méfiance viscérale à l'égard des actions posées au nom de l'émotion et son désir de fustiger une bienveillance au narcissisme très occidental, il flirte sans y tomber avec l'écueil du film à thèse pour signer un drame moral, et choral, qui se revendique aussi bien de l'Antonioni de Profession: reporter -dans la gestion de l'ennui- que du Paul Greengrass de Bloody Sunday ou Green Zone -dans la gestion de la tension.

DE JOACHIM LAFOSSE. AVEC VINCENT LINDON, LOUISE BOURGOIN, REDA KATEB. 1H47. SORTIE: 27/01.

>> Lire également nos interviews de Joachim Lafosse et Vincent Lindon.

Nos partenaires