Jan Verstraeten, le pied à l’étrier

Jan Verstraeten immortalisé par sa dulcinée, au galop sur la plage d'Ostende... © Murielle Scherre
Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Jan Verstraeten sort les violons sur un superbe premier album de pop riche et habitée, inspirée par les films de mafieux. Rencontre.

Gare d’Ostende. Jan Verstraeten vient nous chercher en voiture avec sa compagne, l’artiste et entrepreneure Murielle Scherre qui se cache notamment derrière la marque et la boutique de lingerie gantoise La Fille d’O. On voulait s’incruster chez lui à Desteldonk où il habite l’ancienne maison communale. Un édifice de 1882 avec sa tour, une prison dans la cave et une vingtaine de corbeaux sur le toit. Le château de la famille Addams planté au milieu des vaches et des usines. Le mec de Saint-Nicolas a préféré nous emmener à la mer, chez sa moitié, dans l’ancien hôpital militaire d’Ostende, petit bijou caché dans les dunes, derrière le port. Les lieux ont surtout servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont accueilli des réfugiés politiques dans les années 90 avant d’être abandonnés aux squatters et aux vandales et finalement restaurés par le promoteur immobilier et collectionneur d’art Vanhaerents. C’est là, au milieu des résidences secondaires pour gens très riches désertées dix mois sur l’année, que Jan a jeté les bases de Violent Disco, son premier album. « Je n’ai jamais d’idée bien précise. Je fais toujours un tas de trucs à la fois. Je bosse sur différents projets en même temps. Je peins. Je dessine. Je réalise des clips. J’écris des chansons. Et puis tout à coup, j’ai un album. Bien sûr, il y a des choses qui me viennent. Genre: je veux être Nina Simone. Et je me mets à jouer du piano. Mais je m’y tiens pendant deux jours… La semaine d’après, j’entends du Portishead, du Moby ou I Put A Spell On You et je bouscule mes plans. »

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Bonnet jaune, veste en cuir… Verstraeten nous emmène faire un petit tour des lieux, nous montre la chapelle, la nature sauvage, la plage protégée. « J’ai pas mal bossé dans la maison d’en face. Je n’ai pas besoin de grand chose. Juste d’un ordinateur, d’un petit clavier et d’une guitare. Je me suis mis à chercher l’inspiration en regardant des films de mafieux. Le Parrain, Les Affranchis, The Irishman ou encore Black Mass avec un Johnny Depp assez laid qui n’a pas l’air en bonne santé… Je me les suis tous faits. Les nouveaux, les vieux… » Pourquoi la mafia? Jan ne sait pas. « Avec mon EP Cheap Dreams, je voulais m’évader de notre vie suroccupée. Construire un petit paradis. Quelque chose de très doux. Puis le corona est arrivé et là, tout est devenu extrêmement calme. Je me suis dit que j’avais besoin d’adrénaline. Merde. Je veux cambrioler une banque. (rires) Je me suis contenté de regarder des films… Sans le son au début. Juste pour me plonger dans cette ambiance. Je les lançais et j’écrivais en les regardant. C’est comme ça que la vie soul et funk est venue se glisser sur mon disque. »

Solitaire

Les vampires ont beau s’être glissés à plusieurs reprises sur cet album et même appropriés le titre d’une chanson, si la pochette de son disque évoque Dracula, Nosferatu et Only Lovers Left Alive, Jan Verstraeten n’a pas regardé de films d’horreur et n’en a encore moins composé la musique. Violent Disco est pop, ample, orchestré, luxuriant, riche en cordes. « J’avais composé ces sections moi-même en me disant qu’ensuite j’embaucherais un vrai arrangeur. Mais Nicolas Rombouts (Dez Mona, Ottla…) avec qui j’ai travaillé m’en a dissuadé. On les a enregistrées telles quelles. »

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Devant une tasse de thé, le trentenaire parle d’Alan Lomax qui lui a fait aimer le blues et en percevoir toute la beauté; dit écouter du Chopin, du Radiohead ou du hip-hop en courant; cite Timber Timbre et Daniel Rossen (Grizzly Bear) qu’il a insérés dans sa playlist pour conduire la nuit. « Un des trucs que je m’étais dit en tout cas, c’est que je voulais des paroles moins compliquées. Je trouve ça plus fort. Plus direct. Je le ressens quand j’entends des chansons comme Walk on Water de Milk Inc. C’est plus immédiat qu’un morceau de Leonard Cohen. D’ailleurs, si Nina Simone l’avait chanté, ce serait devenu un classique instantané. »

Sur Violent Disco, vous trouverez notamment une reprise de …Baby One More Time, le premier single de Britney Spears. « Souvent, les gens pensent que je me moque de la chanson ou que je veux l’améliorer. Ce n’est pas ça du tout. Je suis né en 1989. Ce morceau m’a marqué. Britney passait à fond sur MTV. J’étais un petit garçon quand elle a commencé à danser sur mon écran de télé. » Vous entendrez aussi des voix de gosses. « Ce sont des petits films que j’ai trouvés sur YouTube. Des enfants qui parlent de leurs rêves. Je suis tombé sur ce gamin qui disait ne pas vouloir être un humain. J’ai trouvé ça beau. Ça me parlait. Je disais aussi ce genre de trucs bizarres quand j’étais mioche. C’est pas comme si j’avais cherché. Ce sont des choses auxquelles j’arrive par accident et que je décide d’utiliser. »

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Jan ne comprend pas les artistes qui dépriment parce qu’ils ne peuvent pas jouer devant un public. « Moi, ce à quoi je tiens par-dessus tout, c’est à la création. Je veux imaginer, faire, fabriquer. Donner des concerts me rend anxieux, assez nerveux. Rencontrer des gens, être dans ces environnements n’est pas vraiment un plaisir. » Le solitaire loue les talents de son nouveau batteur Louis Evrard (Robbing Millions, Jawhar, Yôkaï…). Il montre un lecteur de cassettes Fisher-price pour enfants qu’il utilise en concert. Une peinture avec trois petits monstres en vue d’un bouquin pour gosses. « Je les ai appelés The Crying Dodos. Trois petites bestioles qui sortent quand tu n’es pas bien et font en sorte que tu te sentes mieux. Pour l’instant, le projet est au placard. » Pendant le confinement, il s’est mis au tatouage. « J’ai maté un documentaire. Je voulais savoir comment ça marche. Et deux jours plus tard, j’ai acheté la machine. À la sortie de mon premier single, j’ai demandé en ligne qui voulait de la pochette comme tattoo. Un fan est venu à moi. Je lui ai fait cette crème glacée. Il est toujours vivant et écoute encore ma musique.« 

Jan Verstraeten, Violent Disco. Distribué par Unday. ****

Jan Verstraeten, le pied à l'étrier

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