"L'idée était de faire un truc sur lequel les gens pourraient danser. De se permettre une petite percée électronique. C'est comme ça qu'on s'est ouverts à une nouvelle palette d'instruments. Mais nous n'avons de toute évidence pas enregistré un disque pour boîtes de nuit." Partageant une banquette dans le petit salon d'un hôtel bruxellois à deux pas de la rue Neuve, Taylor Kirk sourit. Rigole même. Loin de l'image sérieuse, hantée que dégagent depuis dix ans les disques de Timber Timbre. "Quand on a terminé Hot Dreams, j'avais l'impression d'avoir accompli la plupart des intentions sonores qui figuraient sur ma wishlist. Je parle de mes goûts, de notre façon d'enregistrer, de notre manière d'expérimenter, d'utiliser le mellotron ou je ne sais quel autre instrument... Toutes ces choses que je fétichisais depuis pas mal de temps, on les avait essayées. Après avoir tourné sur un album comme celui-là pendant deux ans, j'ai pensé qu'il serait plus amusant et intéressant d'aller vers quelque chose d'enlevé, d'optimiste. Même si apparemment, ce n'est pas vraiment perceptible..."
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"L'idée était de faire un truc sur lequel les gens pourraient danser. De se permettre une petite percée électronique. C'est comme ça qu'on s'est ouverts à une nouvelle palette d'instruments. Mais nous n'avons de toute évidence pas enregistré un disque pour boîtes de nuit." Partageant une banquette dans le petit salon d'un hôtel bruxellois à deux pas de la rue Neuve, Taylor Kirk sourit. Rigole même. Loin de l'image sérieuse, hantée que dégagent depuis dix ans les disques de Timber Timbre. "Quand on a terminé Hot Dreams, j'avais l'impression d'avoir accompli la plupart des intentions sonores qui figuraient sur ma wishlist. Je parle de mes goûts, de notre façon d'enregistrer, de notre manière d'expérimenter, d'utiliser le mellotron ou je ne sais quel autre instrument... Toutes ces choses que je fétichisais depuis pas mal de temps, on les avait essayées. Après avoir tourné sur un album comme celui-là pendant deux ans, j'ai pensé qu'il serait plus amusant et intéressant d'aller vers quelque chose d'enlevé, d'optimiste. Même si apparemment, ce n'est pas vraiment perceptible..." Travaillé dans le froid hivernal de Montréal, Sincerely, Future Pollution a été enregistré au La Frette Studio, sorte de manoir planté aux portes de Paris, recommandé par ses amis Feist et Patrick Watson. "Une jolie bâtisse un peu envahie par la végétation qui m'a fait penser aux films de Vincent Price. Apparemment, des fantômes s'y promèneraient mais je n'en ai pas vu. On y a par contre trouvé des guitares étranges et des synthétiseurs excentriques que nous n'aurions dégotés nulle part ailleurs." Le synthé. Un instrument que Timber Timbre n'avait jamais exploité de la sorte. Un syndrome de rejet? "J'ai débarqué sur cette terre en 1981. Je n'entretiens pas de relation particulière avec la musique des années 80. J'avais plutôt tendance à penser qu'elle n'était pas très cool. Ce n'est pas que je la détestais, mais je ne lui accordais pas de grande valeur. J'ai grandi avec le classic rock et le folk. J'ai longtemps eu une idée très étriquée de ce qu'était le bon goût. Et j'ai fini par réaliser que j'avais raté pas mal de trucs par étroitesse d'esprit. Je n'écoutais pas les choses de la bonne façon. Les gens qui ont dix ans de moins que moi n'ont pas ces préjugés. Ils ont grandi avec Internet et ils connaissent tout. Pourquoi est-ce que je ne voudrais pas devenir comme eux?"Pendant l'enregistrement de Sincerely, Future Pollution, Taylor est tombé amoureux du Fairlight, l'un des premiers échantillonneurs musicaux. Un sampleur développé au milieu des années 70 en Australie. "Tu rentres des sons, tu as un stylo avec lequel tu peux dessiner sur l'écran et former l'enveloppe pour avoir ton sample comme tu le désires, et bien sûr un clavier pour en jouer. Il y a quelque chose dans l'humeur, dans la crudité qui sonne très étrange et donne une couleur assez particulière. On a aussi utilisé un Oberheim OB-X. Un synthé célèbre énormément utilisé sur les bandes originales eighties. Que ce soit pour des films d'horreur ou pour ceux de John Hughes." Fondamentalement réussi, assez épatant même passé l'effet de surprise, Sincerely, Future Pollution emmène Timber Timbre là où il ne s'était jamais aventuré. Et il le doit en partie à Mathieu Charbonneau et Simon Trottier, plus impliqués que jamais. "Je pourrais continuer à enregistrer des disques sur lesquels je jouerais de tous les instruments mais je n'ai pas envie de les entendre... Je ne suis pas un bon musicien et eux sont très forts. Ils ont cette intuition, cette vision exploratrice..." Kirk rigole en expliquant leur avoir fait écouter du Tears for Fears, du New Order et du Depeche Mode. Il dit avoir usé une compilation new age du label Light In The Attic et s'être tapé beaucoup de John Carpenter (ce qui s'entend particulièrement sur un morceau comme Bleu Nuit, NDLR). "Je connaissais ses films sans en être fan. Mais le feeling de sa musique ne peut pas être séparé de l'impression que j'en ai gardé. Je ne savais même pas jusqu'il y a quelques années qu'il la fabriquait lui-même." Sincerely, Future Pollution est à la fois un disque de crooner et de science-fiction. "Je me suis intéressé aux communautés urbaines et à leur décomposition future. J'ai repensé à Brave New World et à 1984 que je n'avais plus touché depuis l'adolescence. Puis il y a tous ces films qui ont une résonance, un écho avec ce qui se passe dans nos sociétés aujourd'hui. J'ai écouté la musique de Vangelis, de Blade Runner, de Terminator. C'est marrant que tout le monde ait eu ça dans son programme et ait dû jeter un regard sur l'explosion de ces communautés urbaines, aux sociétés qui se déchirent." L'avenir ne le rassure pas plus qu'il ne l'effraie. "Disons que je suis préoccupé et déçu. J'ai parfois l'impression que les choses ont avancé sans moi. Que je n'ai pas embrassé la technologie. Ce que les gens semblent tant exploiter et apprécier. Je vais toujours dans le mauvais sens. Sinon, je ne fais pas de grande distinction entre les Américains et les Canadiens. Trump pourrait nous arriver aussi. On a le même manque d'éducation et de culture." Avec Leonard Cohen et David Bowie, Kirk a perdu l'an dernier deux de ses héros. S'il a souvent été comparé au premier, Grifting sonne ici comme un hommage au second. "Je travaillais sur de la musique avec son fils quand Leonard Cohen est décédé. J'ai donc eu droit à une charge émotionnelle supplémentaire. Je ne l'ai jamais rencontré et je ne veux pas le déifier. C'était juste un homme. Mais comme songwriter, c'était un thermomètre avec la voix de Dieu. Le départ de Bowie a lui vraiment créé un vide en moi. Un sentiment étrange de vivre sur cette terre sans que cette personne y soit. Bowie représentait la liberté. Une liberté totale. Une capacité de transformer les genres et de se les approprier sans prétention." Taylor Kirk et Timber Timbre en sont assurément de dignes héritiers.