Publié en 1939, Black Narcissus, le troisième roman de l'écrivaine britannique Rumer Godden, devait faire l'objet, une petite dizaine d'années plus tard, d'une mémorable adaptation au cinéma, le tandem Michael Powell/Emeric Pressburger trouvant, dans les confins de l'Himalaya (recréés dans les studios de Pinewood), matière à un film d'une stupéfiante beauté, enchevêtrement subtil de flux de spiritualité et de sensualité. Rien moins qu'un chef-d'oeuvre absolu, habité par la présence lumineuse de Deborah Kerr.
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Publié en 1939, Black Narcissus, le troisième roman de l'écrivaine britannique Rumer Godden, devait faire l'objet, une petite dizaine d'années plus tard, d'une mémorable adaptation au cinéma, le tandem Michael Powell/Emeric Pressburger trouvant, dans les confins de l'Himalaya (recréés dans les studios de Pinewood), matière à un film d'une stupéfiante beauté, enchevêtrement subtil de flux de spiritualité et de sensualité. Rien moins qu'un chef-d'oeuvre absolu, habité par la présence lumineuse de Deborah Kerr. C'est dire aussi si la barre était haut placée pour cette nouvelle adaptation, sous forme de minisérie de trois petites heures à peine. Située au mitan des années 30, l'action s'ouvre à Darjeeling, en Inde, lorsqu'un petit groupe de nonnes de l'ordre de Sainte-Foy se voit confier, sous la conduite de l'ambitieuse soeur Clonagh (Gemma Arterton), une mission délicate: gagner les contreforts himalayens afin d'établir un dispensaire et une école au palais de Mopu, qui accueillait autrefois les concubines d'un dignitaire local. Une entreprise dans laquelle elles recevront le concours de Mr. Dean (Alessandro Nivola), agent britannique du général ayant fait don de la "maison des femmes" aux religieuses. Si elles s'accommodent d'un environnement hostile battu par des vents incessants, sa présence, conjuguée à la beauté ensorcelante des lieux, leur mystère et leur isolement également, va bientôt avoir un effet délétère sur la petite communauté... À l'impossible nul n'est tenu, et cette relecture n'atteint pas la perfection du film de 1947, mélodrame puissant dont Bertrand Tavernier pouvait dire: "L'Inde du Narcisse noir reste d'un achèvement inégalé, où l'affrontement entre deux religions, deux civilisations, deux cultures devient le moteur unique d'un scénario." Pour autant, cette minisérie n'est certes pas dénuée d'arguments, au premier rang desquels la présence, à la tête d'une distribution réservant l'un de ses derniers rôles à Diana Rigg, d'une Gemma Arterton réussissant à traduire tout en nuances les doutes et les conflits intérieurs de son personnage. L'autre bonne idée réside dans le fait d'avoir confié la mise en scène de cette minisérie à Charlotte Bruus Christensen, mieux connue pour son travail comme directrice de la photo des films de Thomas Vinterberg, sur Far from the Madding Crowd notamment. C'est peu dire que la réalisatrice a su tirer le meilleur parti d'un décor imposant (le tournage s'est effectué, pour partie, en extérieurs au Népal), non sans conférer au récit un charme capiteux venu en atténuer les longueurs, même si l'on regrettera que le scénario, format oblige, préfère parfois l'explicite à la suggestion. Un bémol qui n'empêche pas ce Narcisse noir aux inserts gothiques de dispenser un parfum discrètement pénétrant...