Le 12 juin 2015, toute nappée de blanc, Lady Gaga chante Imagine en ouverture des European Games. On est à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan. Khadija Ismayilova ne voit rien de tout ça, elle est en prison depuis six mois. Elle est journaliste. Derrière les barreaux pour avoir dénoncé la corruption du gouvernement. Régulièrement qualifié de dictature -d'autres parlent d'autocratie belliqueuse-, le pays du Caucase qui a gagné son indépendance en 1991 au moment de l'éclatement de l'URSS est en 2017 classé ...

Le 12 juin 2015, toute nappée de blanc, Lady Gaga chante Imagine en ouverture des European Games. On est à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan. Khadija Ismayilova ne voit rien de tout ça, elle est en prison depuis six mois. Elle est journaliste. Derrière les barreaux pour avoir dénoncé la corruption du gouvernement. Régulièrement qualifié de dictature -d'autres parlent d'autocratie belliqueuse-, le pays du Caucase qui a gagné son indépendance en 1991 au moment de l'éclatement de l'URSS est en 2017 classé 162e sur 180 par Reporters sans Frontières en matière de liberté de la presse. À l'époque, 160 opposants politiques dont seize journalistes et écrivains y sont incarcérés. Rihanna, Kanye West, Steven Seagal, Jennifer Lopez ou encore Gérard Depardieu qui vante la nourriture du pays dans une pub diffusée jusque sur Euronews... On ne peut pas acheter l'amour mais on peut toujours se payer des pop stars. Gaga, qui aurait touché quelque deux millions de dollars pour sa prestation ce soir-là, est loin d'être la seule à avoir assis contre monnaie sonnante et trébuchante la respectabilité d'une dynastie (les Aliyev) comparée à la famille Corleone du Parrain dans les rapports évidemment secrets (merci WikiLeaks) des ambassadeurs américains. Si le moindre événement organisé là-bas (du Grand Prix de Formule 1 aux matchs de l'Euro) enrichit la famille au pouvoir, c'est aussi via des soutiens politiques monnayables que le pays travaille son image. Tout en retraçant le combat d'Ismayilova, journaliste contestataire que les autorités tentent par tous les moyens de faire taire, et en revenant sur l'histoire de son collègue qui critiquait ouvertement le gouvernement tué de cinq balles dans la bouche en 2005, le documentaire en deux parties (Le Pouvoir de l'argent et La Machine à corrompre) de Benoît Bringer et Laurent Richard raconte comment l'Azerbaïdjan a corrompu et mis dans sa poche des parlementaires européens pour s'acheter une respectabilité internationale. Quatorze membres du Conseil de l'Europe ont été exclus à vie après les révélations sur la "caviar diplomatie". Notamment Alain Destexhe (alors MR) qui a observé les élections en Azerbaïdjan et y a été rapporteur sur la question des prisonniers politiques... Solidement ficelé, La Caviar Connection est le genre d'enquête qui épingle les dérives politiques glaçantes et la complicité occidentale, fait terriblement mal au ventre et met le doigt sur la vulnérabilité de nos démocraties.