"Les livres sont tombés entre les mains d'hommes misogynes qui les ont interprétés à leur guise: la femme n'est pas un être sexué, mais la garante de l'honneur familial." Si la religion, barrière à la reconnaissance des sexualités féminines et de ses plaisirs, est très présente dans le film de la réalisatrice suisse Barbara Miller, ce n'est pas la seule raison de son succès, lors de sa sortie en 2018. Couronné de plusieur...

"Les livres sont tombés entre les mains d'hommes misogynes qui les ont interprétés à leur guise: la femme n'est pas un être sexué, mais la garante de l'honneur familial." Si la religion, barrière à la reconnaissance des sexualités féminines et de ses plaisirs, est très présente dans le film de la réalisatrice suisse Barbara Miller, ce n'est pas la seule raison de son succès, lors de sa sortie en 2018. Couronné de plusieurs récompenses, #Female Pleasure expose l'oppression contemporaine des femmes, de leurs corps, le contrôle de leur sexualité pour ce qu'il est: un problème global, au sein duquel les religions sont utilisées pour légitimer les structures séculaires et masculines du pouvoir. Depuis l'Angleterre, Leyla Hussein, somalienne, survivante solaire, expose les mutilations physiques et psychiques de l'excision et leur fondement politique. En Inde, Vithika Yadav confronte les maîtres spirituels et, sur sa plateforme de discussion en ligne, tient un discours sur l'amour et la sexualité qui secoue les fondements monolithiques de la société hindoue. En visite à Jérusalem, la New-Yorkaise Vithika Yadav explique pourquoi elle a fui sa communauté hassidique qui lui avait imposé mariage et maternité, dénonce la honte et le dégoût institutionnalisé des corps féminins. Entre Allemagne et Vatican, Doris Wagner évoque l'abus dont elle a été victime au sein même du couvent pour lequel elle portait le voile, et le chemin de croix de sa résilience. Au Japon, enfin, l'artiste et dessinatrice Rokudenashiko est inculpée pour "obscénité encourageant des pulsions sexuelles dangereuses" parce qu'elle a moulé son vagin lors d'une performance. Ce tour du monde de l'oppression est un traité implacable, poignant, interpellant, réalisé avec coeur, courage et intelligence, qui montre comment la culture et l'héritage font, avec le virilisme et le mythe de la virginité, un étau qui se referme sur le sexe des femmes. Dans leurs récits de possibles qui dépassent les assignations, ces femmes ne se contentent pas de le desserrer: elles le font exploser.