Il l'assure: "J'ai longtemps cherché, tâtonné, essayé. Mais là, je crois que je me suis enfin trouvé... Musicalement, hein. Parce qu'à l'intérieur, c'est autre chose" (rires). Depuis le début de carrière, Disiz la Peste a passé son temps à aller voir ailleurs. En 2000, son album inaugural Poisson rouge ajoutait un second degré au rap, comme s'il cherchait déjà à mettre une distance. Entre-temps, celui qui est né Sérigne M'Baye Gueye (Amiens, 1978) n'a cessé de multiplier les lignes de fuite. Que ce soit en sortant carrément de la sphère musicale: il a écrit deux romans, joué au cinéma et endossé le rôle d'Othello au théâtre. Ou en étirant toujours un peu plus les limites du terrain de jeu hip-hop, zieutant la pop, le rock, l'électro. Cela a pu troubler, voire fatiguer certains. Disiz, c'est un peu comme votre pote dépressif qui, tous les six mois, a lu un "livre": cette fois, c'est la bonne, il a trouvé la voie à suivre. En cela, il y a dans la bougeotte du personnage bien plus que de la gourmandise: il y a une vraie quête, quasi existentielle. Une posture? Si c'est le cas, alors elle est particulièrement téméraire, voire suicidaire, à changer de couleur et de ton quasi à chaque disqu...

Il l'assure: "J'ai longtemps cherché, tâtonné, essayé. Mais là, je crois que je me suis enfin trouvé... Musicalement, hein. Parce qu'à l'intérieur, c'est autre chose" (rires). Depuis le début de carrière, Disiz la Peste a passé son temps à aller voir ailleurs. En 2000, son album inaugural Poisson rouge ajoutait un second degré au rap, comme s'il cherchait déjà à mettre une distance. Entre-temps, celui qui est né Sérigne M'Baye Gueye (Amiens, 1978) n'a cessé de multiplier les lignes de fuite. Que ce soit en sortant carrément de la sphère musicale: il a écrit deux romans, joué au cinéma et endossé le rôle d'Othello au théâtre. Ou en étirant toujours un peu plus les limites du terrain de jeu hip-hop, zieutant la pop, le rock, l'électro. Cela a pu troubler, voire fatiguer certains. Disiz, c'est un peu comme votre pote dépressif qui, tous les six mois, a lu un "livre": cette fois, c'est la bonne, il a trouvé la voie à suivre. En cela, il y a dans la bougeotte du personnage bien plus que de la gourmandise: il y a une vraie quête, quasi existentielle. Une posture? Si c'est le cas, alors elle est particulièrement téméraire, voire suicidaire, à changer de couleur et de ton quasi à chaque disque. Son nouvel album n'est pas différent (ou plutôt si, il l'est, comme à chaque fois). Mais comme son nom l'indique, Pacifique paraît plus apaisé. Entre rap, électro, et pop, Disiz n'a jamais paru aussi détendu. Où même la chanson française trouve ici sa place, que ce soit à travers une citation de Souchon (Quand je serai KO, qui devient Quand je serai chaos), ou une phrase mélodique qui semble tout droit sortie de la plume d'un Christophe (La Fille de la piscine). "Ce disque m'a vidé, essoré, complètement rincé", lâche l'intéressé. Il en explique la genèse. "Après l'album Rap Machine (2015), j'ai eu envie d'écrire des titres, sans me dire que j'allais en faire un album. J'avais juste des émotions que je voulais transmettre. Jusqu'ici, j'ai toujours eu un concept en tête avant de démarrer l'écriture d'un disque. Ici, le cadre était de ne pas en avoir, de juste ouvrir le robinet." De cette manière, il se retrouve rapidement avec une quarantaine de morceaux en poche. Mais sans colonne vertébrale. "J'ai demandé à l'Olympia si je pouvais passer un matin. Je voulais écouter tous les titres seul sur scène, avec mon casque. C'est là que j'ai trouvé le nom de l'album et que j'ai commencé à dessiner la trame." Il y a deux mois, Disiz sortait le single Splash. Plus de quinze ans après le tube rigolard J'pète les plombs, le rappeur est toujours au bord de la crise de nerfs. Mais cette fois, la touche d'humour a fait place à l'angoisse. Sur un beat électro, il y répète encore et encore: "Mais comment, comment ne pas être gue-din? Comment, comment ne pas finir gue-din?" Plus loin, il ajoute ce qui ressemble à un manifeste, comme un résumé de sa vie artistique: "Putain, faut qu'j'me casse/J'en peux plus de ces dogmes, j'en peux plus de ces castes/J'en peux plus de ces codes, j'en peux plus de ces cases." À un moment dans sa carrière, cela a d'ailleurs amené le rappeur à prendre la tangente. En 2009, avec l'album Disiz the end, il faisait ses adieux au rap. "Ce n'était pas une tactique commerciale. J'étais sincère."À l'époque, il passe son bac et reprend des études de droit. Avant de finalement repartir au front. Aujourd'hui, l'avantage est que Disiz arrive dans un paysage rap beaucoup moins rigide et crispé. Il n'a pas changé son fusil d'épaule, c'est le rap qui s'est ouvert. "Cloud" avant PNL, rock avant Georgio, pop avant tout le monde, Disiz la Peste peut désormais plus facilement faire passer son éclectisme. L'horizon s'est dégagé. Notamment grâce à des artistes comme... Stromae. Le Bruxellois a d'ailleurs produit deux titres de l'album (Splash et Compliqué). "On s'était déjà croisés il y a douze, treize ans, quand j'étais venu à Bruxelles pour bosser avec Street Fabulous (team de producteurs responsable de plusieurs gros cartons français, NDLR). Il était alors surtout beatmaker et m'avait fait écouter ses productions. J'avais déjà trouvé ça très bien et je lui avais envoyé un message pour l'encourager. Depuis, on est toujours restés en contact!"Vu récemment en studio aux côtés de Damso, celui qui a des origines belges, via sa mère, a également invité Hamza sur un titre (Marquises). "Je suis fasciné par sa facilité mélodique, sa manière d'intégrer à la fois l'héritage de Jodeci, R. Kelly et Drake." Ainsi que ses propos souvent très crus? "Moins (sourire). Mais comme il a l'intelligence et le respect de ne pas trop déborder quand il vient poser sur mon morceau, il n'y a pas de souci, on se rejoint sur la musicalité." En l'occurrence, elle est au centre du disque. Disiz a même pris des cours de piano et de chant pour l'occasion. "J'ai toujours chanté, mais je me cachais souvent derrière une voix de tête ou au contraire en partant dans les basses. Cette fois, j'ai travaillé ma technique pour accepter ma voix telle qu'elle est." Pour Compliqué, il demandera malgré tout à Stromae de lui renvoyer l'instrumental trois demi-tons en dessous. "Mais on avait perdu en lumière, le morceau devenait un peu terne. Du coup, je suis retourné prendre des cours pour muscler ma voix. On sent que c'est encore un peu limite, mais au moins, c'est vrai, c'est réel." Malgré tout cela, au milieu de ces échappées électro-pop, Disiz ne peut s'empêcher de céder à l'un ou l'autre ego trip plus classique (Meulé Meulé / Aighttt, Watcha). Comme si rester dans une ligne, y compris celle qu'il a lui-même tracée, était complètement impensable. Sur Compliqué toujours, il raconte: "Je sais pas c'que j'veux, non/Mais je sais c'que j'veux pas/J'veux pas faire semblant, non/Faire semblant d'être là", et insiste: "Je glisse comme un savon, oui/Je glisse comme un poisson." Impossible à attraper, impossible à placer dans une case. Il sourit: "Je ne me place pas. Je me déplace."