Gorgés de bienveillance et de bonne humeur, les wholesome games comme Donut County ou Harvest Moon se profilent parfois comme des remèdes en temps de confinement. Turnip Boy Commits Tax Evasion reprend les codes visuels kawaii de ces équivalents gaming des feelgood movies. Mais il leur saute à la gorge. Ce jeu au titre explicite enfile, en effet, les fanes d'un adorable navet expulsé de sa serre pour ne pas avoir payé ses impôts à temps. Et le ravissant légume de découvrir un monde potager dont la candeur cache une stupéfiante brutalité.
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Gorgés de bienveillance et de bonne humeur, les wholesome games comme Donut County ou Harvest Moon se profilent parfois comme des remèdes en temps de confinement. Turnip Boy Commits Tax Evasion reprend les codes visuels kawaii de ces équivalents gaming des feelgood movies. Mais il leur saute à la gorge. Ce jeu au titre explicite enfile, en effet, les fanes d'un adorable navet expulsé de sa serre pour ne pas avoir payé ses impôts à temps. Et le ravissant légume de découvrir un monde potager dont la candeur cache une stupéfiante brutalité. De l'anticapitalisme de PikuNiku au pixel horrifique d' Animal Village (une sorte d' Animal Crossing inversé), les satires ludiques cachant un propos cru derrière des visuels mignons ne courent pas les rues. Turnip Boy rejoint ce petit club des trompe-l'oeil. Tuer un escargot qui ne paye pas son loyer pour finalement constater qu'il était sur le point de s'acquitter de son dû. Exhumer des tombes juste pour l'appât du gain. Voler l'arrosoir chéri d'un citron retraité. Sourire aux lèvres, un rutabaga muet commet des méfaits face à des légumes vivants souvent machiavéliques, idiots et/ou hyperagressifs. Il y a deux ans, PikuNiku dénonçait avec une sincère férocité notre industrialisation tout en éraflant la futilité de la mode et la bêtise du merchandising. Turnip Boy se contente, hélas, d'effleurer son sujet d'évasion fiscale pourtant très prometteur. Certes, on y déchire des livres d'économie idiots et autres tickets de caisse exagérant l'ultralibéralisme. Mais ce commentaire social n'atteint pas le niveau de PikuNiku. Le récit bifurque en outre sur l'origine de sa vie potagère pour atterrir sur un twist final décevant. Turnip Boy adresse, en fait, un clin d'oeil à un meme de 2016 baptisé Yoshi Commited Taxe Fraud. Mais il ne dépasse pas cette superficialité. Très inspiré par The Legend of Zelda: A Link to the Past, son gameplay ne vole pas plus haut. L'exploration de ses niveaux en top down se veine ainsi de petites quêtes offrant progressivement des armes et des accessoires à double usage. Pièce centrale du jeu, un arrosoir y fait par exemple fleurir des items comme des bombes, des dalles à déplacer, des portiques dimensionnels (inspirés de Portal) et autres flammes à utiliser pour débloquer des passages ou vaincre un boss de fin de niveau. La combinaison de ces idées permet par exemple de téléporter un explosif qui ira détruire des gravats bloquant un passage. Mais cette grammaire au potentiel très prometteur reste sous exploitée. Long d'à peine trois heures, Turnip Boy se limite d'ailleurs à trois donjons principaux au goût de trop peu. Ses combats à l'arme blanche, corrects sans plus, n'offrent pas plus de résistance. Reste une aventure qui se vit sans déplaisir, d'autant que sa localisation française (ce clin d'oeil aux Trois frères des Inconnus!) excelle.