Ah les années fluo! La turbine, les casquettes colorées, le dance-floor débridé... Le retour d'une énergie rock (en Angleterre surtout) et d'un esprit hip hop (en France spécialement) dans un groove "maximaliste", "bigger than life". Tout cela n'est pas si loin, quelques mois à peine. Et pourtant, la fête a bel et bien changé de ton. Aux secousses boutonneuses ultrabright ont succédé par exemple les infrabasses austères et ombrageuses du dubstep. Les héros d'hier ont beau continuer à s'agiter, ils le font surtout dans le vide (le flop des Klaxons, la catastrophe Uffie). Même Busy P, le patron d'Ed Banger, label phare du courant fluo, a intitulé sa dernière compilation Let the children techno. Même pas électro!
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Ah les années fluo! La turbine, les casquettes colorées, le dance-floor débridé... Le retour d'une énergie rock (en Angleterre surtout) et d'un esprit hip hop (en France spécialement) dans un groove "maximaliste", "bigger than life". Tout cela n'est pas si loin, quelques mois à peine. Et pourtant, la fête a bel et bien changé de ton. Aux secousses boutonneuses ultrabright ont succédé par exemple les infrabasses austères et ombrageuses du dubstep. Les héros d'hier ont beau continuer à s'agiter, ils le font surtout dans le vide (le flop des Klaxons, la catastrophe Uffie). Même Busy P, le patron d'Ed Banger, label phare du courant fluo, a intitulé sa dernière compilation Let the children techno. Même pas électro! Qu'attendre dès lors du 2e album de Yelle? Parfaite lolita pop, la "Lio fluo" était apparue à la moitié des années 2000, du temps où MySpace créait des buzz. Il y eut d'abord Je veux te voir, réponse salée au Girlfriend cul des rappeurs de TTC, suivie de la reprise d' A cause des garçons et du tube-gag Parle à ma main, avec Michaël Youn. L'album Pop-Up, lui, est sorti en 2007. Quatre ans plus tard, son successeur, Safari Disco Club, pointe le bout du nez. Une éternité. Combien de temps prend une bulle de savon avant d'éclater? Eternelle question de la pop. Pas certain, pourtant, qu'elle ait énormément taraudé Julie Budet (le vrai nom de Yelle) et son producteur Jean-François Perrier (aka Grandmarnier). Pourtant, si le Net les a aidés à trouver un public, il accélère également tout, y compris la durée de vie des hype... Grandmarnier: "Justement, on n'avait pas envie de faire partie de ces groupes qui veulent absolument enchaîner par peur de se faire oublier. Nous-mêmes en tant qu'auditeur, on trouve que certains servent la suite un peu trop vite. Il fallait que ce soit naturel. "Loin de l'agitation parisienne, le duo s'est donc retiré chez lui, à Saint-Brieu, en Bretagne. Mais cela n'a pas suffi. "On a notre studio chez nous. Mais on s'est rendu compte que ce n'était pas forcément facile de se concentrer. Il y a toujours des potes qui passent, de la famille, des trucs à faire... " Du coup, Yelle s'imposera l'isolement. Une maison de campagne, au milieu de la forêt. "Dans un endroit où il n'y avait pas d'Internet, strictement rien à faire. On se levait le matin, on faisait de la musique, et on se couchait le soir en faisant de la musique... "On répète pour être sûr: côté face, la pop dance plus légère que l'air, les clubs, les nuits sans fin; côté pile, la campagne, les petits oiseaux, les réveils matinaux. Yelle: "Tout à fait! C'est un peu notre ambivalence. Au final, on mène une vie plutôt saine, posée. On est plutôt tisane le soir que whisky coca. En même temps, quand on fait la fête et qu'on sort ou qu'on mixe dans des soirées, on y va à fond, on est des gros danseurs! On peut danser non stop pendant 3 heures!". Les drogues, ça, non?... Grandmarnier: "Pas besoin. Deux Chimay bleues, et on est parti!". On s'incline devant de telles références, tandis que Yelle prolonge: "On les voit aussi, les gens qui prennent de la coke. On les croise sur les tournées, les festivals. Et on peut voir les tronches qui changent, le teint gris, les poches... ça ne donne pas trop envie. " Atypique, Yelle? Quitte même à ce que cela lui joue des tours. Comme quand le carton de Parle à ma main, le duo rigolo-potache avec Michaël Youn (Fatal Bazooka), ruine la crédibilité indie du projet de départ. A partir de là, Yelle vivra une double vie: hype et trendy à l'étranger, tricard et classé variétoche dans son propre pays. Grandmarnier: "Exactement. Ce duo, on a hésité à le faire. On sait comment cela se passe en France: dès que vous sortez de votre case, vous vous faites taper sur les doigts. Cela n'existe pas à l'étranger. Avoir des projets parallèles y est plutôt vu comme une richesse, un signe de coolitude, d'ouverture. Pas forcément en France. On a quand même fait le morceau avec Youn. Mais il ne devait pas être mis en avant. Finalement, il est sorti en single et est resté 6 semaines n°1... " Yelle: "On était contents, pas du tout en train de rejeter ça. Mais en même temps, on est conscients que cela a un peu effacé qui on était vraiment. C'était tellement énorme. Pour une part, cela nous a échappé. "Safari Disco Club va-t-il dissiper les malentendus? Pas certain. Toujours dansant, mais plus diversifié et "dense", il continue à dégager une naïveté, une pose ingénue, qui ne pourra pas toujours être bien perçue. Yelle: " On est comme ça. Naïfs dans le sens où on peut prendre du recul par rapport à la vie, aux événements, et n'en garder que la légèreté. " La musique électronique made in France a toujours aimé flirter sur une ligne trouble, entre romantisme, kitsch ( "T'as des chevaux, des poneys/faisons des enfants", Que veux-tu?) et candeur revendiquée. En cela, Yelle continue ainsi à combiner influences américaines et héritage français, parfois diffus et inconscient, mais réel. Grandmarnier: "Daho, par exemple, j'ai commencé à l'écouter il y a un an à peine. Je connaissais, mais cela ne m'intéressait pas plus que ça. Et puis un jour j'ai réentendu Week-end à Rome dans la bagnole et j'ai trouvé ce track dément. C'est marrant parce que, dans les années 80, lui aussi a dû gérer le fait de connaître un succès très populaire tout en venant d'un truc presque indé. Ce qu'il faisait pouvait paraître parfois hyper cucul. Mais si vous écoutez mieux, c'est hyper beau. Il y a plein de doubles sens, des métaphores, et un romantisme profond. On ne se compare pas avec des gens comme ça, mais il y a cette espèce d'approche commune de la musique, avec des morceaux a priori frais, sympas, mais qui, derrière le vernis, cachent pas mal de mélancolie... "Sous les beats, le vague à l'âme. Qui l'eut crû? u YELLE, SAFARI DISCO CLUB, V2. EN CONCERT LE 08/04, AU BOTANIQUE, BRUXELLES. RENCONTRE LAURENT HOEBRECHTS.