Le dernier épisode de la série télévisée que Damon Lindelof avait tirée du comic légendaire d'Alan Moore n'avait pas fini son générique qu'on savait qu'une surprise nous attendait derrière. Cette surprise, c'était celle du petit livre qu'Aurélien Lemant mijotait à propos des plus "anti" des anti-hé...

Le dernier épisode de la série télévisée que Damon Lindelof avait tirée du comic légendaire d'Alan Moore n'avait pas fini son générique qu'on savait qu'une surprise nous attendait derrière. Cette surprise, c'était celle du petit livre qu'Aurélien Lemant mijotait à propos des plus "anti" des anti-héros -un livre qui ferait suite à son dernier essai, consacré à Villa Vortex de Maurice G. Dantec, publié il y a quelques années au Feu Sacré. Entre-temps, homme à tout faire, mi-acteur, mi-metteur en scène, mi-parolier, et quelques autres demis en plus, il avait lui-même repris les rênes de la petite maison d'édition lyonnaise -de sorte que la surprise fut d'autant plus vive de le voir rejoindre l'écurie du "Club de la Bande Dessinée", dirigé par Tristan Garcia et Nicolas Tellop chez Aedon. Mais la surprise en question est bonne: toujours aussi classieux, Lemant raconte les Watchmen, mettant sa prodigieuse érudition en matière de super-héros au service d'un questionnement sur ce qu'est le comic aujourd'hui. Car bien loin de ne former que le point terminal d'une histoire née avec le premier Superman de Jerry Siegel et Joe Shuster, Watchmen constitue une sorte d'annulation générale -une manière de la relancer ailleurs, autrement. Plutôt que figurer un tombeau ou un monument, le comic est une table rase, laissant à ses personnages, comme à ses lecteurs, la responsabilité d'inventer un monde où ce qu'il raconte n'aurait plus aucun sens.