Lieu résolument alternatif, le Sterput affiche une programmation aussi réjouissante que durable -le fait, plutôt rare, mérite d'être souligné. Aux manettes, on retrouve l'asbl E2, la structure derrière cette galerie d'art associative. On lui doit également de nombreuses éditions de livres d'artistes ainsi qu'une micro-boutique consacrée à la diffusion de créations diverses (affiches, fanzines et autres productions issues de la mouvance DIY). L'adresse fait partie de ces incubateurs d'où peuvent émerger certaines signatures sans compromis qui créent le consensus dès que leur talent croise le circuit classique des galeries. À titre d'exemple, on citera Manon Bara, qui s'y est exposée avec son faux jumeau Silio Durt, également frère du célèbre Elzo... dans la vraie vie. Pour sa nouvelle exposition, on est en droit de penser que le Sterput a fait un pas de côté, s'éloignant un instant de sa ligne pure et dure. En proposant l'espace à Mathieu Van Assche et Catherine Le Goff, l'adresse s'offre une parenthèse plus sereine, même si l'intitulé Kronik fait en partie référence à la maladie chronique et au corps désarticulé. Ce qui frappe dès l'entrée, c'est la générosité de l'accrochage. Toutes proportions gardées, c'est l'image des galeries de peintures de la Renaissance qui surgit. L'espace déborde. Chacun des deux artistes est venu avec une cinquantaine d'oeuvres sous le bras. Frappante est aussi l'harmonie qui se dégage de l'ensemble, même si les lignes de Van Assche et Le Goff sont radicalement différentes. Le tandem exposé a en commun de fréquenter la RHoK Academie Brussel, un atelier de gravure réputé. De la complémentarité s'appréhende également: si Catherine Le Goff travaille le lino et le bois, Mathieu Van Assche a davantage porté son choix sur les plaques de cuivre.

© CHASSE À L'HOMME CATHERINE LE GOFF

Boulimie d'images

Évoquée quelques fois dans ces pages, l'oeuvre de Mathieu Van Assche nous touche particulièrement. Aussi à l'aise avec la couleur que le noir et blanc, ce graphiste de formation aborde des thématiques urbaines tout autant qu'il distille une sorte de chronique d'un monde parallèle dans lesquels les monstres et les masques se taillent une place de choix. Ses gravures quittent le réel à la verticale. Parallèlement, Van Assche montre une large sélection de ses cartes postales détournées. Celles-ci sont absolument irrésistibles et d'une grande drôlerie. Soit des clichés familiaux d'un temps révolu sur lesquels l'intéressé repasse au marqueur. Ces détournements fonctionnent comme un révélateur: impossible de ne pas les lire comme l'expression de la face cachée de ces usines à névroses que l'on appelle "papa-maman". Catherine Le Goff, quant à elle, confie avoir abordé les rivages de la création à la façon d'un processus cathartique. Restreinte par une maladie invalidante, elle s'est tournée vers l'Art Brut et l'imagerie underground pour expurger entre autres des séjours trop fréquents en milieu hospitalier. Après s'être formée comme il se doit, cette artiste de 48 ans est revenue à une expression plus naïve, moins travaillée. Celle-ci fait mouche, notamment en raison de compositions directes qui subliment la courbe. On pense à ces vues du haut qui représentent des personnages sous perfusion. Pudiques, elles évoquent la souffrance, et la paix qui lui succède, avec une grande justesse.

Kronik

Mathieu Van Assche et Catherine Le Goff, Sterput 122, rue de Laeken, à 1000 Bruxelles. Jusqu'au 23/02.

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galerie-e2.org