De loin, l'énorme espace postindustriel a presque des allures de paquebot new-yorkais. A une foulée de la gare du Midi, The Egg abrite une pépinière de PME, sociétés médias, Internet et autres start-up. C'est là, dans les nouveaux bureaux bruxellois de son label Freaksville, que l'on retrouve Benjamin Schoos. "Stromae est notre voisin. Enfin, sa société... ", glisse l'intéressé. Echange de sourires entendus: il faudra un peu creuser pour trouver d'autres rapprochements entre le chanteur blockbuster et le "hardest working man in Wallifornia". Au rouleau-compresseur pop de Racine carré, Benjamin Schoos -Miam Monster Miam dans une autre vie- oppose un artisanat aussi passionné que décalé. Et hyperactif: ces dernières années, il ne s'est pas passé une saison sans que le Sérésien ne sorte ou ne produise un disque. Les siens (China Man vs China Girl, Beau Futur), ceux des autres (Lio, Jacques Duvall, Marie France...) ou avec d'autres (The Loved Drones). Le tout regroupé sous l'étiquette Freaksville, refuge indie adepte d'une certaine vision déviante de la pop, où les activités rémunératrices (promo hors catalogue, référencement Internet...) permet...

De loin, l'énorme espace postindustriel a presque des allures de paquebot new-yorkais. A une foulée de la gare du Midi, The Egg abrite une pépinière de PME, sociétés médias, Internet et autres start-up. C'est là, dans les nouveaux bureaux bruxellois de son label Freaksville, que l'on retrouve Benjamin Schoos. "Stromae est notre voisin. Enfin, sa société... ", glisse l'intéressé. Echange de sourires entendus: il faudra un peu creuser pour trouver d'autres rapprochements entre le chanteur blockbuster et le "hardest working man in Wallifornia". Au rouleau-compresseur pop de Racine carré, Benjamin Schoos -Miam Monster Miam dans une autre vie- oppose un artisanat aussi passionné que décalé. Et hyperactif: ces dernières années, il ne s'est pas passé une saison sans que le Sérésien ne sorte ou ne produise un disque. Les siens (China Man vs China Girl, Beau Futur), ceux des autres (Lio, Jacques Duvall, Marie France...) ou avec d'autres (The Loved Drones). Le tout regroupé sous l'étiquette Freaksville, refuge indie adepte d'une certaine vision déviante de la pop, où les activités rémunératrices (promo hors catalogue, référencement Internet...) permettent à côté les aventures plus singulières. Moins de deux ans après Beau Futur, Schoos est donc déjà de retour avec un nouvel album, le bien nommé Night Music, Love Songs. Tout, ou à peu près, est dans le titre. "Il était question de faire un album de chansons au format plus classique. Et qui parleraient de nuit et d'amour (sourire)... J'ai toujours un peu le sentiment de faire des albums de "genre". A chaque fois, je me sens obligé d'inscrire ma musique dans des codes, pour la contenir. La contrainte me donne sans doute une liberté." En 37 minutes et sept morceaux, le disque creuse donc un spleen sentimental et noctambule. Dans le rôle du crooner sensible, en français dans le texte, Benjamin Schoos excelle. Y compris dans l'art de jouer de l'ambiguïté, beau bizarre à mi-chemin entre le majestueux et le ridicule (pensez Sébastien Tellier, pensez Lewis -l'énigme L'Amour, ressorti l'an dernier). On ne se refait pas... "Quoi qu'on puisse parfois penser du résultat, ma démarche est toujours premier degré. C'est fait avec une pure naïveté, une pure sincérité. Il n'y a jamais de calcul." Ce qui n'empêche pas la distance, la dérision ou certains débordements proto-kitsch. Comme quand il se met à siffler, façon Pierre Bachelet, sur Le Maître du monde... "Au-delà du jeu sur la forme, j'essaie d'être moi-même quand je fais de la musique. Et je ne pense pas être quelqu'un qui soit complètement cynique ni complètement premier degré..."Avec Night Music, Love Songs, Benjamin Schoos tient en tout cas l'un de ses albums les plus cohérents, les plus monomaniaques. Autant le précédent Beau Futur partait un peu dans tous les sens -album de chansons pop aux humeurs changeantes-, autant Night Music, Love Songs trace un même sillon nocturne. "Beau Futur était un disque de mouvement, conçu en partie sur la route. Ici, le principe est différent. J'étais chez moi, avec mes synthés, mes vieilles boîtes à rythmes. J'ai joué les morceaux comme ça, en huis clos, pendant la nuit, de manière très minimaliste, sans même penser que ce serait un album." C'est l'occasion aussi de renouveler le partenariat avec Jacques Duvall, auteur de la plupart des textes, toujours aussi habile à enchaîner les pirouettes qui font mouche (voir Le Grand Paquebot va sombrer). Disque domestique et sentimental, Night Music, Love Songs est aussi une récréation bienvenue dans la course parfois effrénée de Schoos. Une pause qui n'était d'ailleurs pas vraiment prévue. C'était l'an dernier: fatigué par des mois de concerts et d'enregistrements successifs, le dos notablement éprouvé, Benjamin Schoos a dû mettre le holà -jusqu'à devoir annuler l'enregistrement d'un album live, prévu au mois de mai. Aujourd'hui, il va mieux -à raison tout de même de deux heures de physio par jour, en moyenne. Malgré cela, Schoos a décidé de ne pas tourner cette fois-ci avec le nouvel album. "Parce que je pense que pour durer, un artiste doit pouvoir un peu se retirer: à être tout le temps présent, tu commences à casser les couilles aux gens. Et puis, l'économie des concerts est aussi en grande partie basée sur les festivals. Or, je ne suis pas certain qu'un disque pareil trouve sa place dans le cadre d'un festival d'été."Ce ne sont pas les seules raisons qui l'ont poussé à ne pas partir sur la route avec l'album. "Je trouve la conjoncture actuelle extrêmement compliquée. Notamment à la suite des événements (les événements du Bataclan, NDLR). Cela représente un coup dur pour tous les gens qui travaillent dans le secteur du live. L'événement en lui-même a été tellement brutal... Je voyais la liste des noms des gens décédés: je me rendais compte que j'en avais déjà croisé l'un ou l'autre, par la force des choses. Cela a été dur à encaisser. A cet égard, cela me fait dire que mon album ne tombe finalement pas si mal que ça, du moins dans l'esprit, la manière... L'autre jour, j'ai été voir le dernier Tarantino. En dehors de ce qu'on peut penser de la qualité du film, je me suis rendu compte que je n'avais pas envie de voir ça pour l'instant. C'est un peu la même chose en musique. Il y a le besoin de fuir un peu le cynisme ambiant, d'arriver avec une musique peut-être un peu plus douce." NIGHT MUSIC, LOVE SONGS, BENJAMIN SCHOOS, FREAKSVILLE. 7 5 x 2 places pour la Gonzaï Night Hormis son album solo, le boss de Freaksville sort aussi un nouveau LP de The Loved Drones, son embarcation psyché-cosmico-kraut. Le groupe viendra présenter Good Luck Universe lors de la prochaine Gonzaï Night bruxelloise, le 18 février, chez Madame Moustache. Intéressé? Focus vous offre 5 x 2 places, à remporter sur www.focusvif.beRENCONTRE Laurent Hoebrechts