Retiré des écrans depuis une petite dizaine d'années désormais, Jack Nicholson a marqué le cinéma américain de sa légende et de son rictus cinq décennies durant, décrochant au passage l'Oscar du meilleur acteur pour Vol au-dessus d'un nid de coucou de Milos Forman et As Good as It Gets de James L. Brooks; celui du meilleur second rôle pour Terms of Endearment, de ce même Brooks. Réalisés dans la première moitié des années 70, après que Easy Rider avait fait de lui une star, trois films réédités aujourd'hui en DVD viennent rappeler l'insolence du talent d'un acteur qui n'était pas encore porté sur le cabotinage outran...

Retiré des écrans depuis une petite dizaine d'années désormais, Jack Nicholson a marqué le cinéma américain de sa légende et de son rictus cinq décennies durant, décrochant au passage l'Oscar du meilleur acteur pour Vol au-dessus d'un nid de coucou de Milos Forman et As Good as It Gets de James L. Brooks; celui du meilleur second rôle pour Terms of Endearment, de ce même Brooks. Réalisés dans la première moitié des années 70, après que Easy Rider avait fait de lui une star, trois films réédités aujourd'hui en DVD viennent rappeler l'insolence du talent d'un acteur qui n'était pas encore porté sur le cabotinage outrancier. Five Easy Pieces consacrait ainsi d'épatante façon le début d'une fructueuse collaboration avec Bob Rafelson -cinq films ensemble au total. Soit l'histoire de Robert Dupea (Nicholson), un pianiste ayant tout lâché pour mener une vie de bâton de chaise, ouvrier dans une entreprise pétrolière de jour et dragueur à temps plein bien qu'engagé dans une relation (orageuse) avec Rayette (Karen Black), une serveuse. Moment où l'annonce de la maladie de son père va le ramener dans la maison familiale, un profond questionnement à la clé... Entre charme vénéneux et sauvagerie contenue, Nicholson excelle dans ce rôle, Rafelson doublant par ailleurs la quête existentielle du portrait sans fard de l'Amérique d'alors, bien dans l'esprit du Nouvel Hollywood. Plus léger en apparence, The Last Detail ( La Dernière Corvée) de Hal Ashby, le réalisateur de Coming Home, dispense un sentiment de mélancolie diffuse. Deux marines forts en gueule, Buddusky, surnommé Badass (Nicholson) et Mulhall, dit "The Mule" (Otis Young) doivent escorter Meadows (Randy Quaid), une jeune recrue condamnée à la prison militaire pour un larcin dérisoire. Décidés à transformer la corvée en virée, les deux compères vont entreprendre d'initier leur "protégé" à l'existence, en quelque apprentissage insolite donnant des contours singuliers à un film en demi-teinte. Lequel devait valoir à Jack Nicholson le prix d'interprétation au Festival de Cannes. Enfin, on ne présente plus The Passenger ( Profession: reporter), classique tourné par Michelangelo Antonioni au mitan des années 70 entre Afrique subsaharienne et Espagne. David Locke (Nicholson), un journaliste fatigué du monde, y endosse l'identité d'un mort -un voyageur qu'il avait rencontré fortuitement au cours d'un énième périple africain. Et de se soustraire à son existence passée pour tenter de se réinventer en un autre, disparition-fuite en avant dotant ce film en forme d'(en)quête existentielle d'une perspective fascinante. Non sans porter l'art d'Antonioni à sa quintessence -voir ainsi le monumental plan-séquence final, un cas d'école au service d'un chef-d'oeuvre absolu.