"À cet âge-là, j'étais toujours déprimé, je m'ennuyais, je voulais absolument que cette période se termine." Ainsi parlait Charles Forsman de son adolescence en 2014 dans Libération. Dans son roman graphique The End of the F***ing World, adapté en série par Channel 4 et diffusé actuellement sur Netflix, James (Alex Lawther) tent...

"À cet âge-là, j'étais toujours déprimé, je m'ennuyais, je voulais absolument que cette période se termine." Ainsi parlait Charles Forsman de son adolescence en 2014 dans Libération. Dans son roman graphique The End of the F***ing World, adapté en série par Channel 4 et diffusé actuellement sur Netflix, James (Alex Lawther) tente justement d'en finir avec l'ennui en s'adonnant au meurtre de petits animaux. Les pensées diluées dans des bluettes soul des années 60, il attend de tenter l'expérience sur un humain. Sans doute Alyssa (Jessica Barden) fera l'affaire, cette effrontée au langage bordé de jurons. Un baiser foiré et une nuit où tout bascule plus tard, les deux moineaux se tirent et mènent leur envie d'en découdre dans un road trip initiatique et meurtrier, à l'humour noir, grinçant et au romantisme échevelé, qui rappelle L'Attrape-Coeurs de JD Salinger ou Badlands de Terrence Malick. La BO trahit superbement la nostalgie subliminale du récit avec les perles pop, soul et garages de Graham Coxon, Françoise Hardy, Buzzcocks, The Belles, Janis Ian, Soko... La réalisation de Jonathan Entwistle et Lucy Tcherniak, auteurs relativement inconnus mais décidément à suivre, manie l'ironie, la poésie épique et la contemplation. Elle sublime les personnages et les paysages de la campagne anglaise, figés dans les codes vintage et désincarnés par la technologie. The End of the F***ing World est un cri qui déchire l'anesthésie générale et violente de l'époque, un rire désespéré qui acte la fin de l'innocence.