"Palabras urgentes"

L'Amérique latine et ses veines toujours ouvertes. La septuagénaire péruvienne Susana Baca (1944) les raconte depuis son premier album, paru en 1987. Via sa signature ultérieure sur le label de David Byrne Luaka Bop, elle a gagné un public international et déclenché des commentaires laud...

L'Amérique latine et ses veines toujours ouvertes. La septuagénaire péruvienne Susana Baca (1944) les raconte depuis son premier album, paru en 1987. Via sa signature ultérieure sur le label de David Byrne Luaka Bop, elle a gagné un public international et déclenché des commentaires laudateurs, du New York Times au Guardian. Voilà donc un nouveau disque en 2021, toujours explorateur, toujours de la même voix vibrante, la chanteuse restant malgré l'âge maîtresse de son destin vocal. Celle qui fut un moment ministre de la Culture de son pays s'aventure volontiers en dehors de son style d'origine, l'afro-péruvien, inspiré par la culture des Africains sub- sahariens et malgaches déportés en Amérique latine comme esclaves. Sans jamais renier cette spécificité de l'ADN intime, Susana n'a cessé de prendre son pays comme large personnage principal de sa narration. Ici encore, et plus que jamais. Avec un travail de fond sur les sonorités de l'album, des arrangements véloces, des irruptions instrumentales éventuellement surprenantes, la célébration s'installe. Que ce soit dans les cuivres puissants de Negra del alma, le quasi-gospel Vestida de vida, le violon brûlant de Milonga de mis amores ou l'absolu Juana Azurduy, dédié à la révolutionnaire bolivienne du même nom. Un album de haute tenue musicale qui épouse des idées de liberté -pas si fréquent- et qui donnerait même envie de filer fissa au Pérou.