Il y a moins d'un an, c'était encore son bastion. La capitale de son califat autoproclamé. Dans le vide du pouvoir, une fois la statue de l'ancien président syrien Hafez al-Assad (le père de Bashar) tombée, l'État islamique et son drapeau noir s'étaient mis à flotter sur Raqqa, coupant cette capitale de province syrienne du reste du monde. Surveillés par la police religieuse, les civils pris au piège (jusqu'à 800 dollars pour quitter la ville) devaient y respecter des règles extrêmement strictes....

Il y a moins d'un an, c'était encore son bastion. La capitale de son califat autoproclamé. Dans le vide du pouvoir, une fois la statue de l'ancien président syrien Hafez al-Assad (le père de Bashar) tombée, l'État islamique et son drapeau noir s'étaient mis à flotter sur Raqqa, coupant cette capitale de province syrienne du reste du monde. Surveillés par la police religieuse, les civils pris au piège (jusqu'à 800 dollars pour quitter la ville) devaient y respecter des règles extrêmement strictes. Une barbe ou un pantalon trop courts pouvant entraîner 150 dollars d'amende, trois mois de prison ou un séjour dans un camp de repentance. Dans ce climat de terreur, certains citoyens, activistes, journalistes, parfois de fortune, se mirent à risquer leur vie tous les jours pour raconter les abus de Daech. Des groupes commencèrent même à se former pour documenter les crimes commis par les djihadistes. Raqqa Is Being Slaughtered Silently (Raqqa est massacrée en silence) est de ceux-là et l'exceptionnel documentaire City of Ghosts retrace son histoire. Après Escape Fire, qui se penchait sur les soins de santé aux États-Unis, et Cartel Land, qui dealait avec le trafic de drogue au Mexique, le réalisateur Matthew Heineman présentait en 2017 à Sundance cette plongée dans l'horreur et une drôle de guerre, médiatique, se jouant à coups de vidéos et de clics. City of Ghosts commence en 2015 avec la remise du Prix international de la liberté de la presse à RBSS. Page Facebook, tweets en anglais... Le collectif activiste aux membres alors anonymes, citoyens préférant la plume à l'épée, est né pour montrer le vrai visage de Daech. Mais certains ont fini par fuir après le meurtre de leurs amis. Préférant mener le combat à distance que de se retrouver décapité entre quatre planches. Là-bas, l'organisation terroriste arrête et tue tous ceux qui sont considérés comme des activistes médiatiques. De l'Allemagne à la Turquie, Heineman suit ces valeureux résistants menacés de mort. Il y a Aziz, dont le frère s'est noyé en essayant de fuir la Syrie et à qui il envoie encore des messages Facebook. Hamoud, dont la tête a été mise à prix et dont on a abattu le père devant une caméra... 17 correspondants à Raqqa envoient les informations. Eux, traqués, en exil, mènent la guerre à distance et les partagent avec le monde. Un docu saisissant, glaçant, qui dépeint l'effroyable tragédie syrienne, les procédés des extrémistes et le courage de ceux qui les bravent.