Je n'ai jamais vraiment été touché par le violon dans la pop et le rock. Ce n'est que quand j'ai entendu le Velvet Underground et l'utilisation qu'en faisait John Cale que j'ai compris." La barbe touffue et hirsute, le cheveu long et en pagaille, Warren Ellis ressemble un peu à un homme des cavernes. Un homme des cavernes ou un hors la loi en cavale. En tous les cas fringué comme un prince, l'archet et le rock'n'roll dans les poches de sa chemise cintrée. Warren Ellis -à ne pas confondre avec le scénariste de comics britannique qui a travaillé chez Marvel et DC- est le multi-instrumentiste et surtout le violoniste australien qui ne lâche jamais la grappe à Nick Cave. L'épaule au sein des Bad Seeds, de Grinderman et l'homme qu'on appelle quand il s'agit de composer une B.O. pour L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ou l'adaptation cinématographique de The Road, le célèbre roman de Cormac McCarthy.
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Je n'ai jamais vraiment été touché par le violon dans la pop et le rock. Ce n'est que quand j'ai entendu le Velvet Underground et l'utilisation qu'en faisait John Cale que j'ai compris." La barbe touffue et hirsute, le cheveu long et en pagaille, Warren Ellis ressemble un peu à un homme des cavernes. Un homme des cavernes ou un hors la loi en cavale. En tous les cas fringué comme un prince, l'archet et le rock'n'roll dans les poches de sa chemise cintrée. Warren Ellis -à ne pas confondre avec le scénariste de comics britannique qui a travaillé chez Marvel et DC- est le multi-instrumentiste et surtout le violoniste australien qui ne lâche jamais la grappe à Nick Cave. L'épaule au sein des Bad Seeds, de Grinderman et l'homme qu'on appelle quand il s'agit de composer une B.O. pour L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford ou l'adaptation cinématographique de The Road, le célèbre roman de Cormac McCarthy. A ses heures perdues, Warren Ellis est l'un des piliers des Dirty Three. Trio (violon, guitare, batterie) de rock expérimental et instrumental signé en 1995 chez Touch and Go grâce au soutien de John Cale (tiens tiens). " J'ai toujours aimé écouter du rock et en jouer. Mais longtemps, je n'ai pas perçu le lien entre cette musique et mon instrument, avoue Ellis. J'avais l'impression qu'ils vivaient dans deux mondes différents. Puis je suis tombé sur le Velvet. L'un des meilleurs trucs créés en ce bas monde. Et la manière qu'il avait d'incorporer le violon m'a vraiment encouragé. Aujourd'hui, le violon est partout. Mais tout a changé. " Vous pourriez en parler avec The Verve ( Bitter Sweet Symphony et sa boucle empruntée au Andrew Oldham Orchestra), Arcade Fire, Dionysos, Andrew Bird... Ellis ne les a pas attendus. Il s'y est mis à la fin des années 70. Vers l'âge de 10-11 ans... " A l'époque, je jouais de l'accordéon, se souvient-il. Et ce mec est passé dans les classes à l'école en demandant qui voulait apprendre le violon. Quand j'ai vu que toutes les filles avaient un doigt en l'air, j'ai levé le mien. Mes parents m'en ont acheté un. J'ai été en classe. Et il n'y avait aucune gonzesse." L'Australien a joué pendant des années de manière classique avant d'électrifier son instrument quand, au début des années 90, un pote lui demande de l'accompagner. " Il m'a suggéré d'amplifier mon violon. J'y ai accroché un micro guitare avec du scotch. Mon petit frère, guitariste, m'a prêté une pédale. Et c'était parti. Je ne sais pas comment les gens ont réagi. J'étais trop occupé à essayer de jouer et à esquiver les cannettes." Les Dirty Three ont toujours suscité des réactions épidermiques. Le genre de groupes qu'on adore ou qu'on déteste. " Le public s'est parfois mis à se battre à nos concerts. On a presque eu des émeutes. Et ce sans dire un mot." David McComb, le leader des Triffids, l'appelait le Jimi Hendrix réincarné mais Warren Ellis n'est pas le plus grand amateur de violon rock qui soit. Il a même tendance à ne pas aimer ça. Par contre, les cordes sur Astral Weeks de Van Morrison lui font toujours autant d'effet. " Elles semblent venir d'un autre monde. Je pense aussi immédiatement àGreetings from L.A. de Tim Buckley. Fantastique. Mais mon type d'arrangements préféré, c'est ce qu'on peut entendre chez Alice Coltrane sur Universal Consciousness et World Galaxy . Ces deux disques sont hallucinants. Si je dois parler de trucs plus récents, je citerai Silver Mt. Zion, que je trouve vraiment excitant. Différent. " Quand on évoque son joujou de prédilection, l'Australien a l'£il qui pétille. Le c£ur qui s'emballe. Comme nous quand on entend cet instrument tire-larmes utilisé avec tant d'à- propos. " Le violon est un instrument émotionnel. Comme tous les instruments à cordes, je pense. Un orchestre coûte très cher, des milliers de dollars, mais quand tu entends la première note, tu sais pourquoi. Rien d'autre ne sonne comme ça. C'est dur à expliquer. Le violon a toujours eu quelque chose de très humain dans sa qualité de son. Sa résonance. Regarde dans les B.O.: dès qu'on veut te faire pleurer ou susciter ta tristesse, on te sort des cordes. C'est tellement puissant. Mais pourquoi nous prennent-elles au c£ur? Je ne sais pas." Ellis préfère recommander L'Art du violon de Bruno Monsaingeon. Un documentaire qui raconte l'histoire de son instrument depuis Paganini... Toward The Low Sun (lire la critique page 35) est leur premier album depuis sept ans. On ne l'attendait plus vraiment. Les trois Dirty Three vivent sur des continents différents. Et ils s'étaient déjà retrouvés par deux fois sans accoucher de quoi que ce soit. " On se comporte un peu comme les musiciens de jazz qui étudient les différents aspects de leur instrument. Mais avec une attitude de rockeur. Nous n'avons pas la technique des jazzmen. On peut cependant explorer la musicalité à notre manière." Et dans la musique instrumentale de leur projet commun, Warren Ellis, Jim White et Mick Turner possèdent un formidable espace de liberté. " Jim et moi travaillons avec des chanteurs. Il s'agit d'une manière très différente d'utiliser notre instrument. C'est génial d'avoir un fil narratif qui est uniquement musical. Le songwriter te raconte une histoire, te décrit une situation, te livre une opinion... La marge d'interprétation reste mince. Nous proposons quelque chose de plus pur. " De plus sauvage, spontané, brut, sanguin aussi. " La dernière fois qu'on a joué à Werchter avec Grinderman, on s'est demandé ce qu'il se passait, Nick et moi. Tous ces groupes étaient assis très sages et propres sur eux dans le catering. De notre temps, des trucs auraient volé dans tous les sens. Ça aurait été un fameux bordel. Le rock a changé. On était influencés par les Stooges, les Saints... Aujourd'hui, les gamins se revendiquent de U2..." l TOWARD THE LOW SUN, DISTRIBUÉ PAR BELLA UNION/V2. EN CONCERT À L'AB LE 06/06. TEXTE JULIEN BROQUET