À la suite d' Itinéraire d'un corps / Spiritual Machines, c'est la deuxième fois que l'artiste franco-britannique Alice Anderson (1972) se voit ouvrir les portes de l'impressionnante Patinoire Royale. Changement d'échelle pour Sacred Gestures in Data Worlds, qui n'a pas les honneurs des proportions cathédralesques de la salle principale mais se découvre intime en contrebas, au coeur d'un enchev...

À la suite d' Itinéraire d'un corps / Spiritual Machines, c'est la deuxième fois que l'artiste franco-britannique Alice Anderson (1972) se voit ouvrir les portes de l'impressionnante Patinoire Royale. Changement d'échelle pour Sacred Gestures in Data Worlds, qui n'a pas les honneurs des proportions cathédralesques de la salle principale mais se découvre intime en contrebas, au coeur d'un enchevêtrement de pièces que l'on se plaît à imaginer comme une petite chapelle sinueuse, voire de pseudo-catacombes. Que l'on nous permette la métaphore: du clavecin plutôt que de l'orgue. Cette petite musique va comme un gant aux pièces exposées. Il est toutefois bon de rappeler que la trame de l'oeuvre d'Anderson relève avant tout de la performance. L'intéressée a choisi de se mettre à l'écoute du monde contemporain. En cela, elle s'inscrit dans la droite continuité des peuples premiers -on pense en particulier aux Amérindiens- vibrant à l'unisson d'un monde qui était le leur. Si l'état de réceptivité est le même, le contexte a totalement changé. Il n'est plus question d'une "nature naturante", complexe organique rythmé par l'alignement des astres et le retour des saisons, mais d'un réel digitalisé jusqu'à la moelle, modélisé de façon binaire. Cet univers contemporain dans lequel on est en droit de penser que l'homme n'a plus sa place, ou alors seulement équipé de prothèses, la performeuse se le réapproprie et le restitue sous forme d'un corpus froid dominé par le cuivre, qu'il soit couleur ou matière. Différentes séries sont ici alignées: Empirical Sounds, une sorte de chambre d'écoute composée d'une centaine de plaques retranscrivant des présences virtuelles, ou encore Compositions libres, d'épatantes peintures abstraites sur papier qui prouvent que tout est possible. Qu'il s'agisse de danser sur un volcan ou de faire surgir le beau des tréfonds du désincarné.