C'est à Paris, en 2016, qu'il faut chercher les racines du présent accrochage. Plus exactement dans Piknik na obochine, une exposition que Florent Delval avait mise sur pied. Il y était question d'une sorte de "post-nature", un mélange entre deux règnes, l'organique et l'industriel. Soit une zone grise qui n'est pas sans évoquer notre destin environnemental. Parmi le générique de ce group show qui se déroulait dans le 20e arrondissement, au sein de l'excellent project space Exo Exo, figuraient les noms de Martin Kohout et Viktor Timofeev. La présence de convergences entre les propositions respectives des deux plasticiens n'avait pas échappé au galeriste bruxellois. Raison pour laquelle, près de deu...

C'est à Paris, en 2016, qu'il faut chercher les racines du présent accrochage. Plus exactement dans Piknik na obochine, une exposition que Florent Delval avait mise sur pied. Il y était question d'une sorte de "post-nature", un mélange entre deux règnes, l'organique et l'industriel. Soit une zone grise qui n'est pas sans évoquer notre destin environnemental. Parmi le générique de ce group show qui se déroulait dans le 20e arrondissement, au sein de l'excellent project space Exo Exo, figuraient les noms de Martin Kohout et Viktor Timofeev. La présence de convergences entre les propositions respectives des deux plasticiens n'avait pas échappé au galeriste bruxellois. Raison pour laquelle, près de deux ans plus tard, il accueille les deux intéressés à la faveur de ce Victorian Basics and Martian Stories qui tient lieu de dernière page au récit visuel écrit par le tandem qu'il forme avec Elaine Lévy dans ce coin de Bruxelles. Une page se tourne, apparemment sans nostalgie. Il est question de " respirer un autre air". On notera que la thématique retenue, évoquant le futur, n'est pas sans pertinence pour cette galerie dont on attend encore beaucoup. L'exposition fait place au travail de Viktor Timofeev, artiste letton émigré aux États-Unis, titulaire d'un post-graduat du Piet Zwart Institute de Rotterdam, et à celui de Martin Kohout, plasticien tchèque basé à Berlin. Le tout pour une série d'oeuvres qui panachent installations cousues, vidéos et peintures, le duo explorant les nouvelles technologies sans jamais renier les anciens arts de faire. Victorian Basics and Martian Stories convoque à n'en pas douter la figure du philosophe Bernard Stiegler. Tout particulièrement lorsque celui-ci dénonce l'idée d'une évolution simple du genre humain. Pour l'auteur de La Technique et le Temps, ce concept est boîteux. À la place, il faudrait évoquer une co-évolution de l'être humain et de la technique, en tant que cette dernière modifie radicalement l'être au monde du premier. Slides, une vidéo incroyablement léchée d'une vingtaine de minutes, signée par Martin Kohout, enfonce ce clou de manière convaincante. On y voit deux protagonistes évoluer dans le monde actuel. Leurs existences sont prolongées par des prothèses qui nous sont devenues habituelles: cigarette électronique, smartphone, lunette pour se protéger des écrans (ou pour diffuser de la lumière façon luminothérapie)... Même lorsqu'ils se promènent en rue, les personnages que l'on suit expérimentent le réel et son double à la faveur de magasins déchirés entre le "click" et le "mortar" -les contours de ce dernier n'évoluant pas à la vitesse des denrées proposées. L'architecture, elle aussi, semble un jouet entre les mains de la technologie. Sur cette trame forte, Kohout et Timofeev déclinent une série d'oeuvres qui interpellent. On pense aux toiles monochromes du Tchèque installé à Berlin. Celles-ci dessinent d'étranges environnements dans lesquels des plantes et des fleurs poursuivent un destin fixé par une graine au coeur d'agencements aux allures hostiles. Plus captivants encore sont les dispositifs de Timofeev qui restituent les devantures de magasins par le biais de photographies retouchées et imprimées sur des tissus cousus à la main. On savait que le monde n'est jamais tout à fait ce qu'il semble être... Kohout et Timofeev complexifient cette équation de façon salutaire.