Illustrateur du génial Thimbleweed Park lâché par Ron Gilbert en 2017, Octavi Navarro marche depuis lors sur les traces du père de Monkey Island. L'esprit de ce classique des jeux d'aventure nineties habite en effet Midnight Scenes, série naissante de point & clicks au format court, imaginée comme une suite d'épisodes de La Quatrième Dimension. Avec The Goodbye Note (son deuxième volet après The Highway), Navarro confirme son amour de l'oeuvre télévisuelle de Rod Serling. Mieux, il s'y essaie à un nouveau format gaming épisodique inédit, long d'une trentaine de minutes par chapitre.
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Illustrateur du génial Thimbleweed Park lâché par Ron Gilbert en 2017, Octavi Navarro marche depuis lors sur les traces du père de Monkey Island. L'esprit de ce classique des jeux d'aventure nineties habite en effet Midnight Scenes, série naissante de point & clicks au format court, imaginée comme une suite d'épisodes de La Quatrième Dimension. Avec The Goodbye Note (son deuxième volet après The Highway), Navarro confirme son amour de l'oeuvre télévisuelle de Rod Serling. Mieux, il s'y essaie à un nouveau format gaming épisodique inédit, long d'une trentaine de minutes par chapitre. Une armée de Vikings au courage variable, un sous-marin aux airs de banquise dans lequel dansent des invités masqués, une accidentée de la route, inconsciente et entourée d'une famille de loups des neiges: les mises en scène des tableaux en pixel art d'Octavi Navarro épatent sur pixelshuh.com, sa page Web. Ces dioramas multipliant les coupes de profil aux mille détails auraient pu être dessinés par un cousin nerd de Wes Anderson. Que s'est-il passé et que va-t-il arriver ensuite? Chaque fresque suscite des interrogations. L'imaginaire travaille, comme dans les jeux visuellement primitifs des années 80. Roi de la maison de poupée hallucinée et magicien du pixel, Octavi Navarro met à l'oeuvre son excellent sens de la mise en scène dans Midnight Scenes Episode 2: The Goodbye Note. Ce jeu d'aventure en noir et blanc décolle sur le tarmac d'un aéroport US des années 50. Le professeur Richard P. Griffin y prend l'avion en dernière minute, abandonnant son épouse. En vol, un violent orage éclate. Tous les passagers disparaissent. Si bien que le scientifique paniqué rédige une lettre de confessions à sa femme. Les flash-backs et les aveux aux airs de découverte gouvernementale secrète s'emballent. Tapissé d'énigmes logiques et sans difficulté, The Goodbye Note limite son inventaire d'objets. Mais malgré ce gameplay chagrin, ce voyage rétro (littéralement) déformé par un tube cathodique des années 60 épate. Cet épisode de Midnight Scenes illustre à merveille la philosophie de la série. À savoir, plonger dans la paranoïa qui inondait les États-Unis des années Kennedy, entre ovnis, guerre nucléaire et expériences gouvernementales secrètes. The Highway, le premier épisode, s'ouvrait sur un tronc d'arbre abattu stoppant net le trajet d'une conductrice. Le jeu glissait subtilement de frissons en découvertes macabres. Un rattrapage idéal pour Halloween... Peuplant son imaginaire de femmes au caractère trempé, Navarro a aussi imaginé une bibliothécaire coincée entre des étagères, en plein hiver, face à des créatures lovecraftiennes sur The Librarian. Ce jeu hommage à son père confirme qu'en matière de graphisme 2D, l'Espagne se hisse parmi les surdoués des indés. Gods Will Be Watching de Deconstructeam, Crossing Souls de Fourattic et le prochain Gris de Nomada Studio en témoignent également avec fracas.