Du Petit fugitif (1953), le premier long métrage du couple de réalisateurs-photographes new-yorkais Morris Engel et Ruth Orkin, Alain Bergala a pu dire qu'il constituait le chaînon manquant entre le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague française. On y verra également l'acte de naissance du cinéma indépendant américain, auquel le couple, puis Engel seul, ajouteront, au gré des fifties, Lovers and Lollipops et Weddings and Babies, pour composer une épatante trilogie de fictions en noir et blanc relevant de fraîcheur, de spontanéité et d'un enivrant souffle de liberté la réalité du quotidien de leurs contemporains. Bénéficiant de nouvelles restaurations, ces trois films ...

Du Petit fugitif (1953), le premier long métrage du couple de réalisateurs-photographes new-yorkais Morris Engel et Ruth Orkin, Alain Bergala a pu dire qu'il constituait le chaînon manquant entre le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague française. On y verra également l'acte de naissance du cinéma indépendant américain, auquel le couple, puis Engel seul, ajouteront, au gré des fifties, Lovers and Lollipops et Weddings and Babies, pour composer une épatante trilogie de fictions en noir et blanc relevant de fraîcheur, de spontanéité et d'un enivrant souffle de liberté la réalité du quotidien de leurs contemporains. Bénéficiant de nouvelles restaurations, ces trois films sont aujourd'hui réunis par les soins de Carlotta dans Outside, un coffret- intégrale où figurent également l'inédit I Need a Ride to California, tourné en pleine effervescence hippie, ainsi qu'une imposante collection de courts métrages et autres archives. Une invitation tout simplement irrésistible à se replonger dans l'oeuvre des cinéastes et dans le New York de l'époque. Ayant inspiré aussi bien Cassavetes que le Truffaut des 400 coups, Le petit fugitif est un délicieux moment de cinéma. Le héros du film n'est autre qu'un gamin de 7 ans, Joey, qui, persuadé à la suite d'une mauvaise blague d'avoir tué accidentellement son frère aîné à la garde duquel il était confié, s'enfuit à Coney Island où il va connaître moult aventures qui auront le don de le distraire de sa situation. Engel avait créé pour l'occasion une mini-caméra 35mm lui permettant de se mêler à la foule se pressant sur la promenade pour filmer incognito, et le résultat est rien moins que magique, imposant un style de cinéma à vif, où le regard quasi documentaire s'enrichit de la poésie de l'enfance. L'autre sujet de prédilection d'Orkin et Engel sera le couple, au coeur de Lovers and Lollipops (1955) comme de Weddings and Babies (1958). Le premier met en scène Ann, une jeune veuve new-yorkaise se mettant à fréquenter Larry, un ami de longue date, sous le regard de sa fillette, Peggy. Laquelle s'emploiera à leur rendre la vie difficile sinon impossible, tandis que le film, éminemment savoureux, revisite, tout en naturel et fluidité, quelques points névralgiques de Big Apple, de Central Park à la Statue de la Liberté en passant par les rayons de Macy's. Cap ensuite sur Little Italy pour Weddings and Babies, du nom du studio de photographie d'Al et Bea, la jeune femme aspirant au mariage tandis que lui hésite à franchir le pas, plus accaparé par sa carrière. Le prétexte à une plongée dans les rues du quartier où tant le style spontané que le sens de l'observation et l'humour d'Engel font des étincelles. Dix ans plus tard, le réalisateur ajoute un appendice en couleurs à cette trilogie avec I Need a Ride to California, où sa caméra prend le pouls du Big Apple hippie, à la suite d'une jeune Californienne débarquée à Greenwich Village pour se mêler à la révolution en marche. Et de voir ses rêves mis à l'épreuve de la réalité de la ville et de ceux qu'elle y croise... Au regard du photographe s'ajoutent les images bucoliques et les compositions psychédéliques, avec une réussite parfois relative. Le témoignage sur le New York d'alors et sa vibration intime n'en reste pas moins fascinant...