Documentaire de Xavier Villetard.
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Documentaire de Xavier Villetard. 8 Emportée par la maladie le 3 février 1975, seize mois après Nasser (leurs funérailles rencontreront le même soutien populaire), elle est encore aujourd'hui l'héroïne d'un spectacle de marionnettes présenté dans la capitale égyptienne tous les premiers jeudis du mois. Comme des concerts qu'elle donnait sur l'antenne de La Voix du Caire, dont il a fallu augmenter la puissance des émetteurs pour combler la demande en Afrique et ailleurs. Véritable légende qui fit vibrer l'Égypte et le monde arabe, Oum Kalthoum fut une chanteuse particulièrement secrète et mystérieuse... Sans doute l'une des explications, outre cette incroyable voix, au culte qui lui a été et lui reste voué. Petite paysanne partie de rien, fille d'un modeste imam de campagne qui a timidement commencé avec des chants religieux, Kalthoum a incarné l'aspiration à la liberté et a personnifié l'émergence du féminisme arabe... Le Français Xavier Villetard lui consacre un joli portrait. Documenté, bellement filmé et intelligemment articulé. Entre les images d'archives, les interviews d'un historien, d'un musicologue, d'un chef d'orchestre, du compositeur et trompettiste Ibrahim Maalouf ou encore de membres de sa famille, on se promène dans son village natal aujourd'hui, on découvre sa filmographie, on écoute Ahmad Rami qui l'a éduquée, nourrie, dont elle chantera 137 poèmes (souvent amourachés) mais refusera perpétuellement les avances... Car surnommée l'astre de l'Orient, la cantatrice du peuple, la quatrième pyramide d'Égypte, Kalthoum faisait tourner les têtes (comme son parolier, son compositeur lui mangeait dans la main). Villetard n'évite pas les zones d'ombre. Comme ses relations étranges au pouvoir qui la poussèrent notamment à inviter toutes les femmes d'Égypte à donner leurs bijoux à Nasser pour réarmer le pays après sa défaite contre Israël. La Voix du Caire replace la vie et la carrière de la diva dans leur contexte historique pour mieux raconter une fille du peuple qui a déjoué les pesanteurs sociales... J.B.