FRArGILE
...

FRArGILE Exposition collective, Maison des Arts, 147 chaussée de Haecht, à 1030 Bruxelles. Jusqu'au 02/12. 8 À l'heure des "curateurs artistes" qui "écrivent", voire "calligraphient" des expositions, c'est toujours avec un frisson dans le bas du dos que l'on découvre un accrochage imaginé par un plasticien. Heureusement, Jean-François D'Or ne l'est pas tout à fait, lui qui roule sa bosse en tant que designer. Cette proximité avec les arts appliqués suffit à introduire le peu de distance nécessaire à ce que FRArGILE ne se comprenne pas à la façon d'une énième variation egotripée traversant l'art contemporain. D'Or a pris soin de s'effacer derrière sa proposition. Basée sur un rapprochement de plus en plus acéré entre la terre, matière essentielle déclinée sous différentes formes, et la fragilité, état potentiel de cette matière, l'exposition réjouit l'oeil et l'esprit. C'est sur une matérialisation première, la brique, que s'ouvre le propos. The Capital and the Wall de Jorge Méndez Blake percute le visiteur dès l'entrée. Une tour de pierres dont l'un des pieds a été remplacé par une "brique" d'un autre genre, un livre, Das Kapital de Karl Marx. Sans le cartel -en réalité, le guide du visiteur ouvert à la page ad hoc- impossible de deviner que l'ouvrage en question est cette somme imaginée par celui qui a mis à jour l'importance des conditions matérielles d'existence dans l'élaboration idéologique. Forte de sa présence massive, l'oeuvre invite au questionnement. On ose une interprétation: celle du peu de poids de la théorie au regard de la force de travail, écrasante et omniprésente, sans oublier de constater son rôle crucial quant à l'équilibre de l'édifice. Le paradoxe du marxisme est là: en passer par l'idéologie pour redorer le blason de la praxis, n'est-ce pas une contradiction ultime? Toutes les oeuvres reprises n'ont pas un caractère aussi frontal. Nombreuses sont les évocations poétiques, même si le terme est galvaudé. À proprement parler, c'est le cas d'une oeuvre de Dominique Ané -Dominique A- dont les paroles figurent au mur. Les Terres brunes disent la boue, cette terre qui colle aux pieds, cet enracinement dont on ne parvient jamais à se défaire. "Mais le sol peut trembler, Disparaître la lune, Et tout se retourner, On trouvera collée, Sous mes pieds la terre brune." Dans le même esprit, il ne faut pas rater la bibliothèque -n'oublions pas que cette Maison des Arts a été un lieu de vie-, qui est plongée dans la pénombre. L'espace feutré fait place à une impression diaphane de Laetitia Bica. La photographe liégeoise donne à voir l'un de ses portraits recouverts de terre et de couleur. Le tout pour une oeuvre située à l'exact milieu des deux pôles pointés par l'exposition. Cette même pièce accueille une émouvante vitrine constellée de débris de porcelaine glanés par D'Or aux quatre coins du monde. Éclairés par le haut, ils projettent leur ombre sur un fond blanc, donnant ainsi naissance à une délicate géographie insulaire. Minimaliste, cette proposition n'en est pas moins bouleversante en son caractère de traces, ces éclats de réalité qui disent la présence de l'absence. Bien d'autres pièces mériteraient que l'on s'y attarde -Joëlle Tuerlinckx, Andrea Branzi, Raphaël Charles...- mais c'est avec When Faith Moves Moutains de Francis Alÿs que l'on conclura, parfaite illustration d'un rapport utopique, nécessaire, au réel. Cinq cents étudiants qui entreprennent de déplacer une dune située en périphérie de Lima n'a rien d'un geste anodin. WWW.LAMAISONDESARTS.BEMICHEL VERLINDEN