L'Histoire avec un grand H est une chose étrange: elle ne retient que ce qui l'arrange, laissant aux oubliettes certains faits qui, un jour ou l'autre, au gré des courants de pensées fluctuants ou de mouvements vindicatifs, remontent à la surface en laissant émerger une nouvelle vérité. Exemple: le nom de Claudette Colvin ne dit plus rien à personne. Celui de Rosa Parks, e...

L'Histoire avec un grand H est une chose étrange: elle ne retient que ce qui l'arrange, laissant aux oubliettes certains faits qui, un jour ou l'autre, au gré des courants de pensées fluctuants ou de mouvements vindicatifs, remontent à la surface en laissant émerger une nouvelle vérité. Exemple: le nom de Claudette Colvin ne dit plus rien à personne. Celui de Rosa Parks, en revanche, évoque la lutte des Afro-Américains pour leurs droits dans l'Amérique des années 50. Et pourtant, quelques mois avant cette dernière, Claudette refusa elle aussi de céder sa place à un Blanc dans un bus de Montgomery, Alabama. S'en suivit un procès où l'adolescente de 15 ans allait plaider non coupable et même poursuivre sa ville en justice, une première pour une Noire américaine! Malgré une relative discrétion, son action a encouragé d'autres femmes à manifester leur désaccord par rapport aux lois ségrégationnistes. Mais qu'est-ce qui fait que le monde n'a retenu que cette dernière? Émilie Plateau, qui publie pour la première fois en dehors du circuit indé en adaptant chez Dargaud le livre éponyme de Tania de Montaigne, donne un explication toute simple: Claudette Colvin était une jeune femme "instable", enceinte d'un homme marié... et plus que probablement blanc. Un profil trop "problématique" pour représenter la cause noire. Mais les deux autrices vont plus loin en soulignant la récupération du mouvement de grogne par les hommes, et notamment par un jeune pasteur de 21 ans, Martin Luther King. La simplicité du dessin et des dialogues exclut tout pathos excessif, n'exposant que les faits. Seul le récitatif pointe de-ci de-là le glissement de l'Histoire dans un registre plus féministe, et libre à chaque lecteur de faire sa propre opinion. Car, comme disait l'autre, l'Histoire n'existe qu'à travers les historien.ne.s.