La scène se déroule dans une salle de sport, à New York. Alignés en rangs d'oignon, une centaine de hipsters en sueur pédalent comme des forcenés, musique à fond. Quand l'intro frénétique de Love Kills fait le break, ils laissent exploser leur rage, hurlant ensemble dans un dernier sprint. La séquence est un peu grotesque, certes, mais aussi volontiers touchante. Surtout, elle en dit long sur le pouvoir euphorisant de la pop de Robyn. Mieux: son caractère libérateur. Comme nulle autre, la chanteuse suédoise a réussi à incarner et synthétiser ce moment précis où l'extase de la danse réussit, non pas à faire oublier la triste...

La scène se déroule dans une salle de sport, à New York. Alignés en rangs d'oignon, une centaine de hipsters en sueur pédalent comme des forcenés, musique à fond. Quand l'intro frénétique de Love Kills fait le break, ils laissent exploser leur rage, hurlant ensemble dans un dernier sprint. La séquence est un peu grotesque, certes, mais aussi volontiers touchante. Surtout, elle en dit long sur le pouvoir euphorisant de la pop de Robyn. Mieux: son caractère libérateur. Comme nulle autre, la chanteuse suédoise a réussi à incarner et synthétiser ce moment précis où l'extase de la danse réussit, non pas à faire oublier la tristesse intime, mais bien à la sublimer. La scène décrite ici ouvre le clip-documentaire de Missing U, premier single du nouvel album. Il est le premier depuis l'épisode Body Talk, sorti il y a huit ans. Un intervalle suicidaire pour n'importe quelle autre star pop. Pas pour Robyn, qui a décidément pris le pli d'avancer comme elle l'entend (" Don't fuckin' tell me what to do", avertissait-elle encore sur son disque précédent). Ayant démarré très jeune, embrigadée rapidement dans l'usine à hits de Max Martin, elle aurait pu devenir le genre de lolita comme le business en broie à la chaîne. À la place, Robyn a très vite imposé ses règles (comme quand elle refusa de toucher à certains textes qui évoquaient l'avortement, quitte à ce que son deuxième album ne sorte jamais sur le marché américain). Et la chanteuse de devenir ce cas assez unique, touchant les masses sans rentrer dans les canons féminins sexy de l'industrie, assumant le format dance tout en lui donnant une charge émotionnelle inédite. C'est encore le cas de Honey, son nouvel album. Il s'ouvre précisément avec le single Missing U. Porté par son arpeggio entêtant en intro, il rappelle le tube Dancing In My Own, histoire d'une rupture sur le dance-floor, transformée en morceau de bravoure pop. Ici, Missing U assume encore plus frontalement la douleur de la séparation ( "There's this empty space you left behind"), ce qu'elle crée comme béance, ce qu'elle laisse comme présence ( "All the love you gave, it still defines me"). écrit après une séparation amoureuse, le morceau a, en outre, pris une autre tournure, quand Robyn a dû faire face au même moment au décès fulgurant de son ami et producteur Christian Falk. Présenté dans l'ordre chronologique dans lequel ses morceaux ont été écrits, Honey s'écoute néanmoins comme une tentative d'apaisement après le chaos. Au caractère parfois robotique de Body Talk succède une approche plus chaleureuse et bienveillante. Il n'y a pas de résignation ici. Au contraire, la piste de danse, loin d'être une fuite du quotidien, semble être plus que jamais la clé -de Send to Robyn Immediately, citant le French Kiss de Lil Louis à l'échange whatsapp disco-tropical de Beach2k20. En fin de parcours, Ever Again, produit par Joseph Mount (Metronomy), sonne presque comme du Prince, avant que Robyn n'appuie sur le beat. "I swear I'm never gonna be brokenhearted/Ever again", promet-elle. À la fois résignée -bien sûr que cela arrivera encore- et résolument volontaire.