"Arnaud m'a inventé, en tant qu'acteur! Si j'étais un arc, je dirais qu'il m'a offert voici 20 ans une corde supplémentaire, dont je n'avais aucune idée, et dont j'aime jouer à chaque fois que nous faisons un film ensemble..." Mathieu Amalric a beau être un des tout meilleurs comédiens français en activité, il se voit avant tout comme un réalisateur, et consacre de plus en plus de temps à ses propres films, dont Tournée lui a valu le Prix de la Mise en scène au Festival de Cannes 2010. Mais l'homme aux trois César(1), apprécié de Spielberg (Munich) comme de Polanski (La Vénus à la fourrure), n'hésitera jamais à reprendre du service pour reformer...

"Arnaud m'a inventé, en tant qu'acteur! Si j'étais un arc, je dirais qu'il m'a offert voici 20 ans une corde supplémentaire, dont je n'avais aucune idée, et dont j'aime jouer à chaque fois que nous faisons un film ensemble..." Mathieu Amalric a beau être un des tout meilleurs comédiens français en activité, il se voit avant tout comme un réalisateur, et consacre de plus en plus de temps à ses propres films, dont Tournée lui a valu le Prix de la Mise en scène au Festival de Cannes 2010. Mais l'homme aux trois César(1), apprécié de Spielberg (Munich) comme de Polanski (La Vénus à la fourrure), n'hésitera jamais à reprendre du service pour reformer avec Desplechin un tandem qu'il compare à un couple. "Pas un couple marié, plutôt un couple d'amants, parce qu'on se voit très peu, entre les films. A chacune de nos retrouvailles se pose la question de comment faire pour ne pas décevoir l'autre, pour se re-surprendre. C'est pourquoi au plus on fait des films ensemble, au plus je prépare, au plus je m'aiguise, au plus je me muscle, pour qu'il ait la possibilité de faire ce qu'il veut. Il me faut être à la hauteur de son don, de son attention aux autres. Faire tout pour qu'on ne devienne pas un vieux couple, mais qu'on reste des amants... Nous ne parlons jamais du passé. Il faut, comme le dit Arnaud, offrir des fleurs fraîches." "Je crois qu'à peu près tous ceux qui travaillent avec Arnaud, qu'ils soient acteurs, techniciens, musiciens, ont avec lui l'impression d'une réalité augmentée", poursuit un Amalric ayant cette capacité rare, quand on voit son personnage penser à l'écran, de nous convaincre qu'il pense réellement... "Je n'ai jamais appris le métier d'acteur, j'essaie juste d'être prêt, d'offrir une matière incandescente, qui puisse s'enflammer à tout moment. Mais avant, il y a toute une préparation froide et méthodique, un échauffement progressif autour du texte que j'apprends puis que je me répète dans tous les sens. Mais il ne s'agit pas seulement du texte. Il y a cette exigence qu'au moment de le dire, le spectateur puisse avoir le sentiment que les mots naissent sur vos lèvres à l'instant même, et expriment une pensée. Le cheminement de l'une aux autres doit être visible. C'est la chose la plus difficile à attraper, mais elle est essentielle! Je peux prendre plaisir à certains films où on ne perçoit rien de cela dans les yeux de l'acteur. Mais c'est vite emmerdant, tout de même..." Mathieu Amalric est ému par ce qui passe dans les yeux de Quentin Dolmaire, le jeune acteur qui joue son personnage adolescent dans Trois souvenirs de ma jeunesse. "On y voit la jouissance de la connaissance, on sent que ce jeune homme s'instruit..." Et de conclure: "Le cinéma d'Arnaud est de plus en plus affûté, organique. C'est très beau, de voir cela. J'en ai ressenti une envie de vivre, d'aimer, sans se protéger, sans se méfier, sans tout ce que les années nous apprennent de prudence. Croire! Oser le premier degré! Après 20 ans, il n'y a pas de nostalgie entre nous. Juste quelque chose d'intact. Et de bouleversant." (1) CELUI DU MEILLEUR ESPOIR POUR COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ... (MA VIE SEXUELLE) EN 1997, ET CELUI DU MEILLEUR ACTEUR À DEUX REPRISES (POUR ROIS ET REINES EN 2005 ET LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON EN 2008). L.D.