Kanal-Centre Pompidou a donné un fameux coup de fouet à la carrière d'Ariane Loze. Depuis qu'elle s'y est exposée, entrant du même coup par la grande porte dans la collection permanente du lieu, les propositions et les récompenses s'enchaînent. Primée au Salon de Montrouge, l'artiste peut désormais compter sur une galerie. Pas n'importe laquelle en plus, puisqu'il s'agit de Michel Rein, dont on r...

Kanal-Centre Pompidou a donné un fameux coup de fouet à la carrière d'Ariane Loze. Depuis qu'elle s'y est exposée, entrant du même coup par la grande porte dans la collection permanente du lieu, les propositions et les récompenses s'enchaînent. Primée au Salon de Montrouge, l'artiste peut désormais compter sur une galerie. Pas n'importe laquelle en plus, puisqu'il s'agit de Michel Rein, dont on rappellera qu'elle contribue à assurer la postérité du regretté Allan Sekula -un blason en soi. C'est donc sans surprise que la Bruxelloise décroche aujourd'hui son premier solo show en Belgique francophone. L'occasion est belle pour mesurer le talent de cette jeune femme qui réalise, monte, tourne et assure la post-production de ses films en totale autarcie. Sans oublier qu'elle se charge également d'incarner les différents personnages des fictions qu'elle élabore. On adore ses interprétations caractérisées par un formidable aplomb doublé d'une crédibilité totale. On a encore en mémoire Profitability (2017), qui posait des questions essentielles sur la pratique artistique à travers une question aussi pertinente que retorse: "Ariane Loze est-elle un produit?". Le tout pour une réalisation emblématique d'une petite machinerie cinématographique efficace: ses mises en scène dégraissées ont le don de mettre le doigt sur nos impensés. Dans la lignée, Mainstream creuse le sillon d'un monde soumis aux logiques entrepreneuriales. À ceci près qu'ici, c'est surtout la question de la temporalité qui est examinée. Le rythme même de la pièce, accéléré, suggère le délire d'une société qui ne place plus l'humain en son centre. Au coeur de ce dispositif désincarné, l'artiste se profile comme un être déchiré, écartelé qu'il est entre la liberté de création qu'il est censé incarner et les logiques mercantiles, celles du marché de l'art, qu'il est aimablement prié de prendre en compte.