Ce devait être une après-midi joyeusement banale, un bord de lac avec son mari et leur fiston. Quand, soudain, Cora Tanneti, mère de famille semble-t-il sans histoire, allure diaphane et inoffensive, poignarde à mort un quidam. Sans raison apparente. Alors qu'elle semble tout autant étrangère à elle-même qu'à son crime, la jeune femme, arrêtée et emmenée au poste, devient le centre d'une enquête menée par un détective qui va t...

Ce devait être une après-midi joyeusement banale, un bord de lac avec son mari et leur fiston. Quand, soudain, Cora Tanneti, mère de famille semble-t-il sans histoire, allure diaphane et inoffensive, poignarde à mort un quidam. Sans raison apparente. Alors qu'elle semble tout autant étrangère à elle-même qu'à son crime, la jeune femme, arrêtée et emmenée au poste, devient le centre d'une enquête menée par un détective qui va tenter de trouver les clés d'un geste apparemment inexplicable. C'est là le début d'un thriller psychologique de très bonne tenue, étalé en quelques épisodes, qui avance avec sagacité et un sens du suspense particulièrement aigu. L'enquête du flic Harry Ambrose (Bill Pullman en retour gagnant) nous fait rentrer dans l'âme torturée de Cora (une Jessica Biel surprenante), fait des ricochets sur les traumatismes cachés liés à l'éducation, la famille et une sexualité particulièrement difficile. Et cette honte qui l'a accompagnée à chaque pas, frappée au fer rouge, telle une sorcière, dans sa psyché la plus intime. En s'intéressant aux ressorts de l'acte criminel, à cette matière noire et douloureuse qui peuple les rêves, à la psyché de Cora et ses refoulements, le roman éponyme de Petra Hammesfahr dont est adapté The Sinner pointait les prisons psychiques de la bonne morale bourgeoise, sa violence sourde qui surgit à l'occasion d'un acte criminel perpétré en désespoir de cause. La série qui en découle questionne la notion de péché ("sin"), celle de pécheresse ("sinner") et la manière dont elle déshumanise, encore aujourd'hui, dans une forme profane, les individus -a fortiori une femme. Pour ce faire, elle emploie une succession de cliffhangers et de révélations, d'apparitions de nouveaux personnages et de fantômes du passé, qui font entrer le malaise par capillarité, à mesure que le récit et l'enquête percent un peu plus l'obscurité. Après le choc du crime initial, les yeux et l'esprit du téléspectateur se laissent guider sans frein possible dans le dédale astucieux et diablement humain de ce thriller éthéré.