Pistons et fleurons avec leur pote John Dwyer (Thee Oh Sees) du rock californien, Ty Segall et Tim Presley sortaient déjà en 2012 un premier disque commun. Psychédélique à souhait, Hair se droguait avec un Syd Barrett énervé et Joy, son successeur, flirte aujourd'hui à nouveau avec le cerveau cramé de l'ex-Pink Floyd. Pendant ces six ans, Segall n'a cessé de se réinventer. Enchaînant les disques et les collaborations (Fuzz, Goggs) à une cadence infernale, l'hyperactif voyage au gré de ses envies sans autre plan de carrière que d'assouvir une inextinguible soif de création. Q...

Pistons et fleurons avec leur pote John Dwyer (Thee Oh Sees) du rock californien, Ty Segall et Tim Presley sortaient déjà en 2012 un premier disque commun. Psychédélique à souhait, Hair se droguait avec un Syd Barrett énervé et Joy, son successeur, flirte aujourd'hui à nouveau avec le cerveau cramé de l'ex-Pink Floyd. Pendant ces six ans, Segall n'a cessé de se réinventer. Enchaînant les disques et les collaborations (Fuzz, Goggs) à une cadence infernale, l'hyperactif voyage au gré de ses envies sans autre plan de carrière que d'assouvir une inextinguible soif de création. Que ce soit avec une guitare, derrière une batterie, à l'aide d'un pinceau ou en compagnie d'un marteau. En secouant le rock garage, rendant hommage à Black Sabbath, jouant avec Munch et Gauguin ou démolissant des toilettes ( Thank You Mr. K) devant les micros de Steve Albini. Logique pour un mec ayant foi en l'art plus qu'en l'humanité. Si Tim Presley n'a plus sorti un White Fence depuis 2014 et For the Recently Found Innocent (produit par Segall d'ailleurs), le bonhomme n'a pas non plus chômé. Il a signé The Wink sous son propre nom et deux albums de post-punk dégingandé sous celui de Drinks avec la Galloise Cate Le Bon. Dans ces agendas de ministre, les deux prodiges ont donc remis le couvert. Au premier abord insaisissable, foutraque et décousu (quinze titres en une demi-heure), Joy est un album explorateur. Un disque chaotique aux chansons courtes truffé de bizarreries et d'intermèdes parfois étranges (l'expérimental Rock Flute, le bruyant et sauvage Prettiest Dog) mais porté par de petites pépites qui suintent leur insolent talent. Pas de musicien extérieur, pas d'ingé son, pas de producteur... Libre dans ses riffs et dans sa tête, le tandem a fabriqué Joy en une grosse semaine. Écriture, enregistrement, mixage... Tout a été fait chez Ty, à Los Angeles. Avec ses chants d'oiseaux et ses percussions tordues, Beginning donne le ton d'un album fusionnel. Un album qui varie les plaisirs et où les deux voix souvent ne font qu'une. Même madame Ty ne reconnaît pas celle de son homme... C'est que Joy sonne à la fois comme un disque de Ty Segall et de White Fence avec la folie bizarre de Drinks. "Rock is Dead", martèlent-ils en boucle sur Hey Joel, Where You Going With That? À défaut de le réinventer, les deux guitar heroes prouvent que le genre est bien vivant. Ils flottent et divaguent dans les vapeurs sixties, aussi bien américaines que british d'ailleurs. Please Don't Leave This Town, Body Behavior, Good Boy, A Nod, Do Your Hair... Il y a du Who, du Byrds, du Zombies, du Can aussi dans ce grand foutoir qui peut sembler inabouti mais se distingue justement par ses vertus jusqu'au-boutistes. Une bonne nouvelle ne tombant jamais seule, le duo envisage de défendre ses nouvelles chansons en tournée. En route pour la joie...