MERCREDI 29 AOÛT

Pour son retour à la direction artistique de la manifestation, Alberto Barbera s'offre une ouverture consensuelle, avec The Reluctant Fundamentalist, de la réalisatrice indienne Mira Nair, Lion d'Or 2001 avec Monsoon Wedding. Se colletant avec un monde mouvant, et renvoyant dos-à-dos fondamentalismes économique et religieux, son film se défie de tous les préjugés, histoire peut-être de donner le la de la manifestation. Stories We Tell, de Sarah Polley, plonge pour sa part dans l'histoire familiale de l'actrice-réalisatrice canadienne, en un étonnant processus de dévoilement personnel. Enfin, 19 ans après Just Friends, le réalisateur belge Marc-Henri Wajnberg part à la rencontre des Kinshasa Kids, dans une stimulante fiction documentaire aux accents musicaux.
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Pour son retour à la direction artistique de la manifestation, Alberto Barbera s'offre une ouverture consensuelle, avec The Reluctant Fundamentalist, de la réalisatrice indienne Mira Nair, Lion d'Or 2001 avec Monsoon Wedding. Se colletant avec un monde mouvant, et renvoyant dos-à-dos fondamentalismes économique et religieux, son film se défie de tous les préjugés, histoire peut-être de donner le la de la manifestation. Stories We Tell, de Sarah Polley, plonge pour sa part dans l'histoire familiale de l'actrice-réalisatrice canadienne, en un étonnant processus de dévoilement personnel. Enfin, 19 ans après Just Friends, le réalisateur belge Marc-Henri Wajnberg part à la rencontre des Kinshasa Kids, dans une stimulante fiction documentaire aux accents musicaux. Après Izmena, du Russe Kirill Serebrennikov en guise de mise en bouche, la compétition s'offre ses premiers gros morceaux. Soit Superstar de Xavier Giannoli, le portrait un peu forcé d'un homme devenant une star malgré lui, avant de se retrouver, à son corps défendant, bouc émissaire de toutes les frustrations du moment. Et surtout, At Any Price, du cinéaste américain d'origine iranienne Ramin Bahrani, plongée au c£ur d'un empire agro-alimentaire familial du Midwest, entre cupidité et dilemmes moraux douloureux. L'événement du jour, c'est toutefois la présentation, par Michael Cimino, de Heaven's Gate en director's cut -3 h 40 de pur bonheur. Avec Tango libre, Frédéric Fonteyne clôt de manière inspirée sa "trilogie autour des femmes et de la mécanique de l'amour". Sergi Lopez, l'un de ses acteurs, parle pour sa part du cinéma comme "acte de résistance". A l'abri du formatage, en effet, l'Autrichien Ulrich Seidl présente de son côté Paradise: Faith, second volet d'une trilogie là encore, consacrée celle-ci au paradis. Le réalisateur de Import/Export y fait preuve de sa férocité coutumière, emboîtant le pas à une catholique fervente dont le prosélytisme est mis à rude épreuve. Soit un film sulfureux et décoiffant, quoique un brin prévisible. Avec le week-end, les Américains débarquent en force sur le Lido. Paul Thomas Anderson ouvre le bal avec The Master, £uvre complexe explorant la relation qui s'installe, dans les années 50, entre le gourou charismatique d'une secte, et un ex-marine ravagé par l'alcool en qui il a vu le cobaye idéal. Brillamment mis en scène, le film s'aventure en terrain mouvant avec une audace appréciable. Le tout, transcendé par deux acteurs hors-normes, Philip Seymour Hoffman et Joaquin Phoenix -ce dernier défrayant par ailleurs la chronique par son comportement erratique en conférence de presse. Dans la foulée, E stato il figlio, de Daniele Cipri, apparaît bien pâle, au contraire de Fill the Void, premier long de l'Israélienne Rama Burshtein qui, s'immiscant dans une communauté hassidique le temps d'un mariage de raison, fait figure de révélation du festival. Le défilé américain se poursuit avec Terrence Malick, dont le To the Wonder divise la presse, s'attirant au passage quelques lazzis. Réflexion existentielle articulée autour d'une relation amoureuse et des interrogations d'un prêtre, le film vient confirmer, un an après The Tree of Life, l'essoufflement d'un réalisateur dont le rythme de tournage semble désormais inverse à l'inspiration. Susan Bier fait pour sa part v£u de légèreté avec Love Is All You Need, comédie romantique où Pierce Brosnan se laisse ensorceler par le charme de Sorrento. On ne demande qu'à l'imiter, avant d'être invité à plus de sérieux par A Hijacking, de Tobias Lindholm, drame tendu suivant les négociations en vue d'obtenir la libération de l'équipage d'un cargo danois kidnappé par des pirates somaliens. Olivier Assayas revisite, dans Après mai, le début des années 70, sur les pas d'un lycéen cherchant sa voie dans l'effervescence de l'époque. Largement autobiographique, ce film à la mise en scène inspirée fait résonner un destin individuel avec l'histoire collective, retraçant l'aventure d'une génération dans ses engagements comme dans ses aspirations plus personnelles. Plaçant la pratique de l'art au c£ur d'une vie qui frémit de chaque plan, c'est là l'autre grand moment de la sélection. Dans le même temps, Pieta, le 18e film de Kim Ki-duk, impose sa singularité, explorant les thèmes de la cupidité, de la vendetta, du sacrifice et de la rédemption au gré de la relation douloureuse s'installant entre un usurier violent et sa mère présumée. Proposition dont découle un film d'une étrange densité, à l'inverse du Outrage Beyond, de Takeshi Kitano, qui se borne ici à exploiter les recettes de son précédent Outrage, bien loin de la grâce de Hana-bi et autre Dolls. Les Linhas de Wellington, de Valeria Sarmiento, présentent un air de famille avec LesMystères de Lisbonne -et pour cause, puisque c'est là le projet sur lequel travaillait Raoul Ruiz au moment de sa disparition, et repris en l'état par son épouse, pour un hommage un peu terne, cependant... Spring Breakers, d'Harmony Korine, explose quant à lui en tons flashy sur les pas de quatre étudiantes américaines embarquées pour un break de tous les excès sous les spots floridiens. Soit un voyage amer au bout d'un rêve américain revisité en mode superficiel toutes, et un film drôle et grinçant à loisir, mais sommaire en définitive. Avec Bella addormentata, Marco Bellocchio poursuit d'exemplaire manière un parcours entamé au c£ur des années 60. Soit, avec en arrière-plan les derniers jours d'Eluana Englaro, un film transcendant le thème de l'euthanasie pour s'ériger en réflexion existentielle sur le libre choix, non sans trouver les accents d'une bouleversante et universelle humanité. Le sujet n'est pas au goût de tout le monde: devant le Palais du festival, quelques catholiques ultra défilent, armés de calicots. La cinquième saison, du duo belgo-américain Peter Brosens et Jessica Woodworth, laisse pour sa part les observateurs quelque peu perplexes, ce conte écologique alarmiste à l'incontestable maîtrise formelle virant bientôt à l'improbable salmigondis... Habitué des festivals, le Philippin Brillante Mendoza ( Kinatay) délivre, avec Thy Womb, un film plus classique qu'à l'accoutumée, récit des îles accompagnant un couple ne pouvant avoir d'enfant. Et dont la femme proposera à son mari de prendre une seconde épouse, au risque de rompre un équilibre à l'image de la beauté de leur environnement: précaire. Heritage consacre, pour sa part, le passage de l'actrice Hiam Abbass derrière la caméra, pour un film généreux, posant la question de l'identité et du conflit entre tradition et modernité à travers l'histoire, un brin trop exemplaire, d'une famille palestinienne de Galilée. Enfin, chez les Cassavetes, après Nick et Zoe, c'est au tour de Xan de faire ses débuts derrière la caméra, pour Kiss of the Damned-un film de vampires au casting largement français (Anna Mouglalis, Roxane Mesquida, Joséphine de La Baume) et en forme(s) de série Z. Le constat vaut malheureusement également pour Passion, remake par Brian De Palma du faiblard Crime d'amour d'Alain Corneau. Cette histoire de deux business women dévorées par leur rivalité n'a guère plus inspiré le réalisateur de Body Double qui signe un thriller érotique hésitant entre parodie et franc ratage, pas même sauvé par quelques éclairs de mise en scène. A oublier, de même d'ailleurs que Un giorno speciale, de Francesca Comencini, l'histoire d'une jeune femme se rêvant actrice offrant le cadre d'une dénonciation maladroite des scandales sexuels ayant éclaboussé la classe politique italienne. L'homme qui rit, de Jean-Pierre Améris, referme cette 69e Mostra de la plus envoûtante des manières, conte fantastique évoquant aussi bien l'univers de Tod Browning que celui de Tim Burton. Et trouvant dans le texte de Victor Hugo et le destin de Gwynplaine, son héros tragique, une résonance actuelle -on n'est pas près d'oublier une tirade sur l'homme mutilé dont l'écho contemporain semble se faire, chaque jour, un peu plus assourdissant... l TEXTE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS À VENISE