Maison d'édition dédiée à des livres de réflexion sur l'écologie, Rue de l'échiquier s'ouvre désormais à la fiction. Après une saga américaine très nature writing qui faisait d'une rivière son personnage principal ( La Crue, d'Amy Hassinger), c'est au tour du petit livre autrement plus inclassable d'une jeune autrice néerlandaise d'apparaître au catalogue. Dans le premier roman de Lieke Marsman (1990), on suit les monologues d'Ida, une jeune climatologue hollandaise préoccupée tant par la perspective d'une catastrophe nucléaire que par son histoire d'amour naissante avec Robin, thésarde en littérature. Quand Ida décroche un stage au sein d'un institut de recherches sur le changement climatique en Italie, elle quitte Amsterdam pour les Alpes, où l'attend le démolissage annoncé d'un barrage... Inventif dans sa forme hybride et éclatée, très libre, le livre épouse les mouvements de vie et de pensées de sa narratrice, aligne les idées éparpillées qui colonisent son esprit au fil de ses " randonnées" sur Internet ou de ses souvenirs d'enfance, cite les philosophes Timothy Morton et Naomi Klein, mais aussi des morceaux de poèmes de Pessoa ou des leçons de vie de Marguerite Duras... Tantôt hilarante et absurde, tantôt nihiliste ou redoutable, Ida se livre à une appréhension philosophique du monde au sens premier: celui de l'étonnement constant que les choses soient ce qu'elles sont. Où les incompréhensions du désir et les impuissances de l'amour rejoignent le sentiment d'apathie face à l'écocide actuel de la planète. Un peu comme si Greta Thunberg relisait les Fragments du discours amoureux de Barthes. Idéalement générationnel. Après tout, comme le pose Naomi Klein citée par Ida, " nul ne devrait avoir à affronter seul la fin du monde que nous vivons actuellement. "

ROMAN De Lieke Marsman, éditions Rue de l'échiquier, traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Daniel Cunin, 176 pages.

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