On aurait aimé écrire sur The Horrors. Ce groupe garage goth fiévreux qui transpirait il y a 4 ans l'anxiété, la névrose et la colère. Ces corbacs punks, fils des Cramps, emmenés par une bestiole énervée aussi famélique que Christian Bale, insomniaque, dans The Machinist ou que Michael Fassbender, gréviste de la faim, dans Hunger. Un type qui pouvait passer un concert entier à brandir un pavé ou se débattre contre on ne sait quels démons comme un possédé à qui on enfilerait volontiers une camisole...
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On aurait aimé écrire sur The Horrors. Ce groupe garage goth fiévreux qui transpirait il y a 4 ans l'anxiété, la névrose et la colère. Ces corbacs punks, fils des Cramps, emmenés par une bestiole énervée aussi famélique que Christian Bale, insomniaque, dans The Machinist ou que Michael Fassbender, gréviste de la faim, dans Hunger. Un type qui pouvait passer un concert entier à brandir un pavé ou se débattre contre on ne sait quels démons comme un possédé à qui on enfilerait volontiers une camisole... Raté. Ces Horrors habités par le rock'n'roll sont morts et enterrés. On s'en était déjà rendu compte avec leur deuxième album, Primary Colours, et ses claviers suintant les années 80. Skying ( lire la critique page 28) plante un clou de plus dans le cercueil. " Nous n'avons pas pensé l'ombre d'une seule seconde que nous nous cantonnerions au même genre de musique toute notre vie, se défend le bassiste Rhys "Spider" Webb. D'ailleurs, nous n'avons pas enregistréStrange House à l'époque pour des raisons romantiques ou nostalgiques. Ni même pour tenter de recréer le son punk garage des années 60. Nous avons juste grandi obsédés par les Seeds, les Sonics, les 13th Floor Elevators, The Music Machine... C'est un style qu'on adore. Et la première chose que nous avons faite ensemble. Beaucoup de groupes commencent par du rock qui va droit au but. Il y a cette énergie brute du fait que tu attaques ton instrument pour la première fois. D'où l'impression de colère et de violence qui s'en dégage. " " Qui est toujours en colère après 20 ou 30 ans de carrière?", s'interroge à ses côtés le guitariste Joshua "Third" Hayward. " Iggy? Il est fun. Lou Reed? Il a surtout l'air bizarre. Henry Rollins sans doute. Mais je trouve suspicieux de toujours garder en soi la rage et la confusion d'un gamin de 16 ans. " Qui sont dès lors The Horrors? Des presque trentenaires assagis? D'habiles récupérateurs qui se graissent les pattes sur le dos de la cold et de la new wave? Personne à part eux ne connaît la réponse. " On nous remet toujours à Joy Division. Ça commence à me courir sur le haricot, raconte calmement Spider Webb. Notre chanteur a juste en commun selon moi avec Ian Curtis une certaine profondeur de timbre. " Ce même chanteur, Faris Badwan, déclarait récemment: " Je ne pense pas que les Horrors soient limités mais ils reposent sur une esthétique relativement définie. " Webb s'insurge: " Evidemment, on a une identité forte. Mais sur chaque nouvelle chanson, on explore de nouveaux territoires, de nouvelles idées. On travaille à chaque fois la musique différemment. Si on veut parler d'esthétique comme d'un environnement contrôlé, le side project de Faris, Cat's Eyes, est bien plus limité à un son que The Horrors. " Ce qui est sûr, c'est que les Anglais connaissent la musique, savent ce qu'ils font, de quoi ils parlent. " Quand tu es passionné, tu dois pouvoir passer au-dessus des styles et des genres. Je suis très branché musique psychédélique. D'où qu'elle vienne. Mais dans mon club, qui a fermé quelques mois après la création de The Horrors, on passait des groupes de no wave ricains comme DNA et The Contortions. Des nouveaux venus comme les Liars et les Georges Leningrad. J'aime aussi l'électro. La House. L'Acid. " Autre signe révélateur de leur rapport à la musique, Webb a monté avec "Coffin" Joe Spurgeon, le batteur des Horrors, un groupe de reprises de Bo Diddley: les Diddlers. Il continue par ailleurs d'organiser ses soirées psychédéliques mensuelles au Cave Club. Soirées au cours desquelles Joe et Tom (le claviériste du groupe) officient en tant que DJ's. Joshua, menuisier à ses heures perdues, joue lui dans les Cramped qui réinterprètent le répertoire de qui vous devinez... " On donne un concert par an. Tout a commencé par une surprise pour l'annif de ma petite amie... Je me déguise en Poison Ivy. L'an dernier, pour Halloween, j'ai organisé un truc avec les Cramped et les Diddlers. Au moment de rentrer à la maison, j'ai dû attendre les transports en commun pendant pratiquement 2 heures. En drag queen de la tête aux pieds. Horrible." Dernier indice de leur science et de leur savoir-faire, les Horrors ont enfanté Skying pratiquement tout seuls. " Pendant qu'on bossait sur Primary Colours avec Geoff Barrow de Portishead, il nous a recommandé d'enregistrer le prochain album nous-mêmes. Quand c'est ce que te suggère ton propre producteur, tu envisages forcément la chose sérieusement. " Ils en ont profité pour explorer l'espace. Laisser davantage à leurs instruments l'occasion de bouger, de respirer. " Le seul truc qui nous a manqué, c'était quelqu'un qui puisse nous dire: vous avez passé trop de temps sur tel ou tel détail. Maintenant, avancez. " Ou peut-être, plutôt, quelqu'un qui leur aurait conseillé de se replonger 4 ou 5 ans en arrière... RENCONTRE JULIEN BROQUET