Grave
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Grave De Julia Ducournau. Avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella. 1 h 38. Dist: Twin Pics. 7 Révélation saignante de la Semaine de la Critique cannoise en 2016, Grave, le premier long métrage de Julia Ducournau, aura réussi à réconcilier les tenants les plus exigeants d'une certaine tradition auteuriste et les amateurs les plus hardcore de cinéma de genre. Pas le moindre des tours de force de ce récit d'apprentissage à l'héroïne sadienne, Justine, ado végétarienne au physique de crevette pour qui l'école de médecine vétérinaire qu'elle s'apprête à intégrer est avant tout une affaire de famille. Transformant le campus du Sart Tilman, à Liège, en véritable stalag, la suite la voit forcée de manger de la viande dans le contexte absurdement coercitif des bizutages, épreuve qui aura le don de la révéler à elle-même en une métamorphose pour le moins radicale. La fin de l'innocence, en somme. Écrit sur le modèle d'une tragédie antique, le film invite à une lecture psychanalytique mais dénote surtout la culture cannibale de Julia Ducournau, cinéaste à poigne digérant ses influences les plus saillantes (Carrie de Brian De Palma, The Fly de David Cronenberg) dans un festin de références sous le poids desquelles Grave ne ploie jamais tout à fait. La BO de Jim Williams, compositeur attitré de Ben Wheatley (Kill List, Sightseers, A Field in England), rappelle subtilement les plus belles heures du giallo, tout comme ce film stylé, malin et maîtrisé qui évite le piège déréalisant du fantastique pour lui préférer une étrangeté naturaliste explorant le registre de la pulsion, jusque dans les touches bienvenues d'un humour noir plutôt féroce ou l'escalade outrancière de son final grand-guignolesque aux allures de léger péché de jeunesse. En bonus Blu-ray, Julia Ducournau et son intervieweur Fausto Fasulo, rédacteur en chef du magazine Mad Movies, se livrent à une espèce d'interminable (l'entretien est plus long que le film) séance de tantrisme cinéphile, se chatouillant à distance les zones les plus infatuées de leurs intelligences respectives, tandis que Garance Marillier (17 ans au moment du tournage), révélation à la fragilité carnassière, raconte sans filet son parcours d'actrice initié avec Junior (2011), le court métrage de Ducournau qui traitait déjà de désordre alimentaire et que l'on aurait aimé retrouver ici. NICOLAS CLÉMENT