Michael Winterbottom filme comme il respire. Le plus prolifique des cinéastes britanniques de sa génération est aussi le plus versatile. Et sa filmographie recèle nombre de (souvent belles) surprises. Dans quelques années, quand des rétrospectives lui seront consacrées et que de doctes analystes se pencheront sur son £uvre, nul doute que The Trip y occupera une place particulière. Sans doute le plus atypique et inattendu des spectacles proposés sur nos écrans cet automne, cette invitation au voyage a toutes les apparences d'un projet mineur... et toute la profondeur d'un film personnel, parlant de l'existence avec un mélange salvateur et poignant d'humour et de mélancolie.
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Michael Winterbottom filme comme il respire. Le plus prolifique des cinéastes britanniques de sa génération est aussi le plus versatile. Et sa filmographie recèle nombre de (souvent belles) surprises. Dans quelques années, quand des rétrospectives lui seront consacrées et que de doctes analystes se pencheront sur son £uvre, nul doute que The Trip y occupera une place particulière. Sans doute le plus atypique et inattendu des spectacles proposés sur nos écrans cet automne, cette invitation au voyage a toutes les apparences d'un projet mineur... et toute la profondeur d'un film personnel, parlant de l'existence avec un mélange salvateur et poignant d'humour et de mélancolie. Le réalisateur était en Italie quand nous l'avons contacté pour évoquer The Trip. Depuis ce séjour bien différent des brumes du nord de l'Angleterre traversées par son film, c'est donc par téléphone qu'il nous a éclairé sur les tenants et aboutissants de son dernier opus en date. " L'idée de départ était très simple: entreprendre un voyage vers le nord, région dont je suis originaire, en emmenant Steve Coogan (qui en vient également) et Rob Brydon. Je connaissais déjà bien ces deux-là pour avoir travaillé avec eux sur 24 Hour Party People et A Cock And Bull Story. Ils étaient parfaits pour ce que je désirais: faire cheminer ensemble, et dialoguer, 2 hommes de même génération, ayant pas mal d'expériences en commun mais aussi des visions du monde assez différentes. " C'est ainsi que Steve et Rob, le premier " extraverti, ne tenant pas en place et avide d'expériences nouvelles", et le second " plus terre à terre, un peu casanier" prirent la route, avec pour prétexte d'itinéraire une tournée des restaurants réputés, sur lesquels Coogan était censé rédiger des critiques pour un journal londonien. Mais si de bonnes tables attendaient leurs papilles, la gastronomie n'allait pas occuper longtemps les conversations des 2 convives et amis. " J'avais une cinquantaine de pages tenant lieu de scénario, explique Michael Winterbottom, avec notamment une liste de thèmes à aborder durant leurs dîners, leurs promenades. Mais très vite, Steve et Rob se sont approprié les choses, parlant de leurs projets, de leurs vies, de leurs désirs, de leurs doutes, bref d'eux-mêmes, en se livrant beaucoup plus qu'ils ne l'imaginaient sans doute au départ. " Le cinéaste britannique reconnaît que son propre passage dans la cinquantaine (le 29 mars dernier, pour être très précis) explique en partie sa décision de tourner The Trip. Un film qui évoque, sans avoir l'air d'y toucher, " cet âge où l'on est encore vaillant, mais où l'on a pris conscience que tout n'est plus possible, que le temps qui s'amenuise ne nous permettra pas de concrétiser tous nos projets, ni de rattraper non plus tout ce qu'on a pu laisser de regrets, de ratages... " Subtilement distillée par un montage très fluide, une profonde mélancolie finit par se dégager d'un film où l'humour garde néanmoins jusqu'au bout ses droits. Avec, notamment, une "guerre" des imitations, art dans lequel nos 2 lascars sont passés maîtres, et qui prend par exemple pour cible le grand Michael Caine, dans une scène en tout point formidable. Michael Winterbottom assume avec plaisir une " tendance à la digression" qui s'exprime richement dans The Trip. " Il y avait un cadre, mais l'improvisation y était plus que bienvenue, commente le cinéaste. Steve et Rob y sont très bons, je me doutais que cela pourrait apporter beaucoup. Pas seulement en échanges spirituels, mais aussi et peut-être surtout en réflexions sur la vie, en émotions discrètement dévoilées, et proposées en partage. Derrière le jeu des acteurs, les hommes apparaissent. Et ce qu'ils disent nous renvoie au bout du compte à nous-mêmes... " C'est tout le prix de ce film " semi-autobiographique, où 2 comédiens livrent une version exagérée d'eux-mêmes". Une tranche de vie où le grave se profile sous une surface ludique. Avec pour point culminant cette suite de scènes où une prise de conscience quasi tragique de leur mortalité, de la finitude des choses, s'accompagne (surtout chez Steve Coogan) d'une sorte de régression comportementale vers l'enfance. Un très beau moment de cinéma, qui résonne longtemps en nous. l ENTRETIEN LOUIS DANVERS