La chose ne surprendra guère: c'est Fabrice du Welz qui s'y colle au moment d'introduire le film. Le réalisateur belge à la ravageuse cinéphilie bis raconte notamment qu'après avoir signé Calvaire en 2004, il a un temps cherché à monter un remake des Révoltés de l'an 2000, avant de se résoudre à finalement lâcher l'affaire pour mettre en scène Vinyan, deuxième long métrage largement imprégné de cette décisive influence au goût de paradis perdu. Sorti à l'origine en 1976, le film de Narciso Ibáñez Serrador situe la majeure partie de son action sur une petite île écrasée de soleil faisant face à la côte andalouse....

La chose ne surprendra guère: c'est Fabrice du Welz qui s'y colle au moment d'introduire le film. Le réalisateur belge à la ravageuse cinéphilie bis raconte notamment qu'après avoir signé Calvaire en 2004, il a un temps cherché à monter un remake des Révoltés de l'an 2000, avant de se résoudre à finalement lâcher l'affaire pour mettre en scène Vinyan, deuxième long métrage largement imprégné de cette décisive influence au goût de paradis perdu. Sorti à l'origine en 1976, le film de Narciso Ibáñez Serrador situe la majeure partie de son action sur une petite île écrasée de soleil faisant face à la côte andalouse. Un couple de touristes anglais, joués par des sosies lointains de Donald Sutherland et Mia Farrow, y débarque en quête de calme et de repos pour découvrir un lieu quasiment déserté par sa population adulte et où prolifèrent des enfants au comportement inquiétant... En intro, une série d'images d'archives de guerres posent d'emblée l'enjeu qui sous-tend cette étrange curiosité séminale du cinéma horrifique espagnol: la maltraitance des plus petits aux quatre coins du globe. " Le monde est fou, ce sont toujours les enfants qui trinquent", dira d'ailleurs, un peu plus loin, l'un des personnages du film. Frappés d'une démence meurtrière rétive à la bêtise autoritaire des adultes, les gamins au farouche esprit d'indépendance insulaire qui y sévissent grâce à leurs dons de télépathie contaminatrice rappellent inévitablement les têtes blondes assassines du Village des damnés de Wolf Rilla (1960). Complètement incongru, le titre français du film traduit, en ce sens, bien mal ce qui se joue vraiment ici. À la base, en effet, Les Révoltés de l'an 2000 s'appelle Quién puede matar a un niño?. C'est-à-dire: " Qui peut tuer un enfant?" Face à une enfance nue et rebelle qui tue implacablement sous ses faux airs innocents, comment répliquer et se défendre? La question, éminemment morale, est posée. Et les protagonistes de ce cauchemar éveillé tourné de jour, en pleine lumière crue, vont bien finir par devoir y répondre... Survival multipliant les effets de réalité afin d'accentuer son impact horrifique, le deuxième long métrage de Narciso Ibáñez Serrador, cinéaste aux racines uruguayennes décédé l'an dernier à Madrid, souffre d'un sous-texte anti-avortement quelque peu dépassé (euphémisme...) et adopte un tempo assez lent, presque attentiste, en regard des critères d'aujourd'hui. Mais il prend surtout intelligemment soin d'installer un climat lourd, angoissant et malsain, accentué par une musique évoquant l'inconfort d'une comptine déréglée. Au rayon bonus de cette impeccable édition Blu-ray steelbook collector, l'éditeur Carlotta fait, comme souvent, fort bien les choses: intervention du directeur photo du film, portrait du réalisateur nourri par des cinéastes-fans comme Guillermo del Toro, Juan Antonio Bayona ou Jaume Balagueró, focus fouillé sur l'Histoire du cinéma fantastique espagnol... Un très bel objet.