Il y a quelques semaines, la major Sony finissait par l'admettre devant les juges: sur pas moins de trois morceaux de l'album posthume Michael, sorti en 2010, ce n'est pas la voix de Michael Jackson que l'on entend, mais bien celle d'un imitateur. Le music business n'a jamais été avare d'arnaques plus ou moins grossières. Dans ce cas-ci, la fumisterie, concernant l'une des plus grandes icônes culturelles du XXe siècle, est toutefois particulièrement spectaculaire...
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Il y a quelques semaines, la major Sony finissait par l'admettre devant les juges: sur pas moins de trois morceaux de l'album posthume Michael, sorti en 2010, ce n'est pas la voix de Michael Jackson que l'on entend, mais bien celle d'un imitateur. Le music business n'a jamais été avare d'arnaques plus ou moins grossières. Dans ce cas-ci, la fumisterie, concernant l'une des plus grandes icônes culturelles du XXe siècle, est toutefois particulièrement spectaculaire... Il faut dire que la mort vend toujours bien. Chaque démo, chaque bout de session jamais sorti, vaut son pesant d'or. Qu'allait-on faire dès lors de l'héritage de Prince, autre mégastar défunte? Disparu de manière inopinée en avril 2016, le chanteur était connu pour conserver dans ses coffres des milliers d'heures de musique inédite. De cette véritable manne au trésor est ainsi extraite aujourd'hui une première pépite. Elle est aussi modeste que percutante. Comme une manière de reprendre les choses là où le maître les avait laissées -la tournée piano solo interrompue peu avant sa mort-, Piano & a Microphone propose une session privée, captée au début des eighties: Prince en solo, pour une grosse demi-heure de musique en toute liberté. L'enregistrement date de janvier 1983. À l'époque, Prince a certes déjà enquillé quelques hits. Il n'est cependant pas encore la star planétaire qu'il deviendra par la suite. Ce jour-là, il descend dans le studio aménagé dans sa maison de Kiowa Trail, au sud de Minneapolis, et se lance dans une jam dont il a le secret. Elle est enregistrée, et après avoir circulé longtemps sous la forme de bootleg, bénéficie désormais d'une sortie officielle qui a le bon goût de conserver le caractère intimiste de la performance: pas d'overdubs, ni d'ajouts de cordes symphoniques, ou de remix dance. C'est Prince au plus près que l'on entend ici. Derrière son clavier, il jongle entre blues, soul, gospel, jazz, r'n'b et même accents country. On l'entend expérimenter et tenter des choses, dans un véritable work in progress. La session s'ouvre par exemple avec 17 Days, qui sortira un an après, en face B de When Doves Cry, tandis que Strange Relationship n'apparaîtra dans sa version finale que sur Sign O' the Times, quatre ans plus tard. Sont également avancés les prémices de Purple Rain: 86 secondes à peine, mais qui tracent déjà les contours principaux du chef-d'oeuvre à venir. Preuve de sa gourmandise musicale, Prince se lance ailleurs dans une reprise de Joni Mitchell ( A Case of You), avant de bifurquer vers le blues, en se penchant sur Mary Don't You Weep, spiritual traditionnel. Ludique, il se glisse encore dans la peau de son alias Jamie Starr, pour Cold Coffee & Cocaine, l'un des trois inédits proposés ici, avec Wednesday et le touchant Why the Butterflies. Certes plus "documentaire" que spectaculaire, Piano & a Microphone n'attirera peut-être pas de nouveaux fans, mais il rassurera les anciens. "Is that my echo?", s'inquiète Prince au début de la session. Si la suite de son héritage est traitée avec autant de soin, il n'est pas près de cesser de résonner...