Tucker Zimmerman
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Tucker Zimmerman DISTRIBUÉ PAR CHERY RED RECORDS, IMPORT. 8 Tucker partage avec Robert Dylan Zimmerman un nom de famille, une année de naissance, 1941, et des gènes clairement folk. Personne ne saura jamais si le Californien Tucker aurait vraiment décroché la timbale à la Minnesota Bob mais, vu son talent, il méritait mieux que neuf disques underground en 46 ans. En 1969, Tucker est à Londres, après un séjour italien via une bourse d'étude de la musique contemporaine: déclinant la convocation pour le Viêtnam, il fout le camp en Grande-Bretagne. Loin de Bartok et Boulez, Tucker joue à l'été 1969 dans une soirée folk mise sur pied par un inconnu de 22 ans, qui en assure la première partie. David Bowie. Avec le New-Yorkais Visconti, producteur de la future star glam et de Marc Bolan, Tucker met en boîte Ten Songs: l'album paraît en décembre 1969 et passe totalement inaperçu. Le label concerné, Regal Zonophone -sous tutelle EMI- s'est contenté d'une promo minimaliste: les ventes le seront aussi. Pressurisé par l'immigration anglaise, Tucker franchit la Manche et s'installe avec sa Marie-Claire belge dans un petit village de Wallonie. Où les désormais septuagénaires résident toujours ensemble, saga racontée dans Focus il y a trois ans. Il est probable que ces Dix Chansons seraient restées ensablées dans l'amnésie collective si Bowie n'avait déclaré, dans un Vanity Fair de 2003, que l'album était l'un de ses 25 préférés, entre de prestigieuses références à James Brown ou au Velvet Underground. Arrive donc cette remastérisation de Ten Songs, complétée par sept autres titres, dont deux versions du single The Red Wing. Affaire pop, rehaussée de choeurs shoop doo wap et d'un bel arrangement où l'on pointe la dextérité du pianiste Rick Wakeman, le même qui assume les notes suprêmes du Life on Mars de Bowie. Visconti entoure le folk de Tucker d'ornementations gracieuses et d'instrumentistes qualitatifs comme Wakeman ou le batteur Ainsley Dunbar. L'enveloppe est riche -mellotron, orgue, trombone, sitar- mais serait vaine sans la fièvre zimmermanienne: Tucker a ce genre de voix hyperclaire, droite et digne, aussi douée dans le tempo rock'n'roll -formidable Bird Lives- que dans les brise-larmes à la Alpha Centauri ou Roadrunner. Dignes de Tim Buckley, une référence qui circulera, comme celle de Donovan. Mais l'acidité des morceaux, remontés e.a. contre l'absurde boucherie vietnamienne, porte la marque d'une colère alors toute tuckerienne. Nuancée par des élans de romantisme et d'ésotérisme. Parmi les bonus, deux titres en italien et deux en français, dont En mémoire de Jean Genet, qui rappelle un peu le Jean Genie de qui vous savez. Sorti trois ans plus tard, lui cartonnera. PHILIPPE CORNET