Son Rebelle (lire la critique dans Focus du 11/01) a impressionné, touché, électrisé le Festival de Berlin, voici un peu moins d'un an. Le jeune réalisateur canadien a trouvé le ton juste, entre réalité quasi documentaire et fiction parfois teintée d'onirisme, pour chroniquer l'expérience d'une enfant soldat d'Afrique Centrale. "Aborder un sujet comme celui-là oblige, très vite, à opérer de vrais choix, à décider ce qu'on va montrer... mais aussi ce qu'on ne va pas montrer!", déclare d'emblée celui qui a ressenti le désir d'entreprendre son film voici une dizaine d'années déjà. C'est à la lecture d'un article de presse s...

Son Rebelle (lire la critique dans Focus du 11/01) a impressionné, touché, électrisé le Festival de Berlin, voici un peu moins d'un an. Le jeune réalisateur canadien a trouvé le ton juste, entre réalité quasi documentaire et fiction parfois teintée d'onirisme, pour chroniquer l'expérience d'une enfant soldat d'Afrique Centrale. "Aborder un sujet comme celui-là oblige, très vite, à opérer de vrais choix, à décider ce qu'on va montrer... mais aussi ce qu'on ne va pas montrer!", déclare d'emblée celui qui a ressenti le désir d'entreprendre son film voici une dizaine d'années déjà. C'est à la lecture d'un article de presse sur des jumeaux d'une dizaine d'années, devenus les figures sacrées, les guides spirituels et militaires, d'un groupe de rebelles armés, que Kim Nguyen s'est pris de passion "pour la question des enfants soldats et de leur monde imaginaire, très présent au coeur de la réalité terrifiante qu'ils vivent au quotidien". Le scénario de Rebelle, très documenté par de nombreuses recherches, aura finalement vu sa concrétisation se faire dans "ce pays absolument paradoxal" qu'est la République Démocratique du Congo. "Le pays n'est jamais cité dans l'action de Rebelle, explique le cinéaste, mais il a nourri énormément, à travers ses contradictions souvent violentes et extrêmes, ce qu'est devenu le film. " Un film que son auteur a voulu "pas didactique du tout, et résolument subjectif, construit comme le voyage d'une jeune fille de l'ombre vers la lumière, à travers cette Afrique subsaharienne du XXIe siècle que l'on n'a pas assez présentée dans sa richesse, sa poésie, se contentant d'en montrer les horreurs, les tragédies, la misère... " Kim Nguyen a développé son point de vue pour qu'il épouse celui de son héroïne ("donc en lui donnant une voix intérieure, car la plupart des enfants soldats, une fois enlevés, se murent dans le silence et ne communiquent plus directement"). Pour garder ses interprètes sur leurs gardes, et préserver le naturel de leur prestation, il ne leur a pas permis de lire le scénario à l'avance. Et il a tourné dans la chronologie de l'action, celle-ci venant comme une révélation de dernière minute pour certains acteurs, ou carrément comme une surprise totale pour d'autres auxquels on ne disait rien du tout! "Cette incertitude qui leur était imposée répondait à celle que vivent les personnages qu'ils jouent, toujours dans l'ignorance de ce dont demain, ou même la minute suivante, sera fait", commente le réalisateur qui obtient de ses jeunes comédiens, tous non professionnels, une performance d'ensemble extraordinaire. Mais la palme revient sans conteste au jeune duo central: Serge Kanyinda dans le rôle du Magicien et Rachel Mwanza dans celui de Komona, la gamine enlevée pour faire la guerre et qui trouve l'amour, qui porte désormais la vie dans son ventre... Une Rachel sortie de la rue de Kinshasa par notre compatriote Marc-Henri Wajnberg, qui l'a incluse dans le groupe des enfants de son film Kinshasa Kids. A Berlin, une communication un peu rapide avait fait "zapper" cette découverte sans laquelle Rebelle n'aurait jamais tenu "sa" révélation... LOUIS DANVERS