Van Morrison
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Van Morrison "Roll With the Punches" Distribué par Caroline. 8 Van Morrison bénéficie en Flandre d'une cote que la francophonie de ce pays continue à -globalement- lui refuser. Bien que la tradition de lécheurs de blues soit plus développée au nord, la relative indifférence bruxello-wallonne pourrait être liée au fait que l'Irlandais de Belfast (1945) n'est ni un perdant magnifique -éternel facteur de séduction chez les Latins-ni un antédiluvien black sortant du néant après quelques souterraines décennies de mauvais oeil pour venger un destin soul jusqu'alors ignoré. Van Morrison porte une allure de bedeau de sacristie -enrobé par le pinard de messe- ou de contrôleur vénère des impôts, mais il s'en fout. Son capital est ailleurs, dans la voix qui fait mouiller les murs et pencher les arbres, découverte dès 1964 lorsque le rouquin beugle Gloria sur le second et considérable single de Them. Depuis lors, s'il n'a jamais complètement égalé la catharsis d'Astral Weeks (1968) ou Saint Dominic's Preview (1972), Van n'a cessé de produire des disques d'excellence, comme le double Hymns to the Silence paru en 1991. Credo renforcé par d'incessantes tournées dont la matrice s'est naturellement partagée entre un répertoire personnel de plusieurs centaines de chansons et le vaste catalogue historique nord-américain, en particulier celui du blues, marotte de choix. Van ne fait pas mentir ce jeu sur ce "Roule avec les coups de poings", quinze titres dont dix reprises. Si le disque ne révèle pas de chef-d'oeuvre mystifiant à la Cyprus Avenue, il disperse, dès son ouverture vitaminée, une forme d'allégresse bienvenue. Le premier coup de chimie tient à la voix, nettement moins vieille que le chanteur, une façon chavirante et quasi sensuelle de ramener des émotions sans date de péremption. Gri-gri des musiques cousines rassemblées par Morrison -blues, soul, jive, jazz, boogie- que d'être à ce point ancrées dans la culture collective, au-delà de l'âge biologique. D'autant qu'il pioche dans les incunables signés Mose Allison, T-Bone Walker (à deux reprises) ou Sister Rosetta Tharpe, Châteaux Margaux de la négritude. Tout ce truc ne pourrait être au final qu'un ragoût tiède si Van ne donnait pas l'impression consistante de vouloir décrocher les étoiles. C'est particulièrement vrai dans les ballades jamais loin du zénith celtique -sa propre composition Transformation- ou la refonte du tube de Sam Cooke Bring It On Home To Me. Sur ce classique soul daté de 1962, il n'y a pas seulement Van, impressionnant en brother chocolaté, mais aussi la guitare laiteuse de Jeff Beck, contemporain de Clapton et Page, nous rappelant là comme sur quatre autres chansons, que les solos, c'est pas si con. Philippe Cornet