Avec un titre pareil, on aurait pu avoir droit à une nouvelle rasade de destructions massives, une espèce inédite d'envahisseurs déployant leur stratégie redoutable et une énième preuve de résilience de l'Humanité. Sauf que, dans une veine un peu similaire à la dernière mouture de War of the Worlds (avec Gabriel Byrne), Invasion propose un scénario tellement progressif que ses trois premier...

Avec un titre pareil, on aurait pu avoir droit à une nouvelle rasade de destructions massives, une espèce inédite d'envahisseurs déployant leur stratégie redoutable et une énième preuve de résilience de l'Humanité. Sauf que, dans une veine un peu similaire à la dernière mouture de War of the Worlds (avec Gabriel Byrne), Invasion propose un scénario tellement progressif que ses trois premiers épisodes ressemblent à une longue scène d'exposition. De celles qui, dans les blockbusters, prennent 10 minutes avant de voir les aliens débarquer pour jouer à un Space Invadersin real life sur nos têtes. Invasion repose sur un malheur qui semble ne jamais vouloir vraiment advenir, mais annoncé par des prémices énigmatiques. Pour le Sheriff John Bell Tyson (Sam Neill), ce sont les danses de corbeaux au-dessus de cercles tracés dans les champs de céréales. Ailleurs, des élèves sont atteints de saignements de nez. Un car scolaire est suspendu dans le vide après un accident. Au Japon, une ingénieure aérospatiale tente de comprendre les raisons de l'implosion de la navette pilotée par son amoureux. Tous les protagonistes, d'une mère réfugiée syrienne au soldat US posté en Irak en passant par un couple en crise, sont davantage absorbés par leurs turpitudes terrestres. La crainte diffuse que provoquent ces événements a tendance, paradoxalement, à les accentuer. Le récit choral imaginé par Simon Kinberg (producteur de The Martian) ménage ses effets de crescendo avec une constance déroutante, composant soigneusement les portraits de ses personnages et les courbes de ses arches narratives avant de passer aux suivantes, tandis que la menace se fait de plus en plus pressante. OEuvre étrange que celle-ci, qui rend le spectateur impatient de voir le malheur survenir pour secouer cette belle endormie qu'est devenue l'Humanité.